LES 3 FRERES – 2ème PARTIE

les trois frères

Une histoire contée par GUY LEMITRES et illustrée par JULIETTE ALAY

Polo, Jack et Dany, devenus orphelins après un accident de voiture, sont recueillis par des sœurs catholiques qui leur offrent un nouveau foyer, simple mais chaleureux, où ils se remettent peu à peu de la perte de leurs parents. Malheureusement les sœurs ne peuvent garder les enfants au-delà de 12 ans et Dany doit partir. Les trois frères se sont promis de se retrouver quelques années plus tard, mais Polo, le plus jeune, n’arrive pas à se remettre de cette nouvelle séparation. Le destin va lui donner un coup de pouce…

Les jours passèrent. Les mois passèrent. La neige maquilla l’hiver en père blanc qui, le soir, murmurait des cantiques en sifflant. Les fleurs du printemps ne consolèrent pas plus Polo que l’hiver ne l’avait engourdi. Son frère lui manquait tellement! Il attendait avec inquiétude le passage d’Alfred le facteur, qui bravait les intempéries sur son vieux vélo pour leur apporter le courrier de la ville. Une lettre de Dany ! Enfin! La joie pouvait éclater comme un feu d’artifice dans le cœur battant du petit Polo, le temps s’arrêtait, tout devenait rêve.

Puis les jours se remettaient à défiler les uns derrière les autres, comme les chevaux de bois du vieux manège sur la place de Marvejols. La vague de joie faisait place à une vague de tristesse qui mouillait son petit cœur devenu plage de sable. La plage de Palavas, où ses parents l’emmenaient quand il était tout petit. Polo s’enfonçait dans ses rêves nostalgiques. Le voyant si triste, sœur Marie-Madeleine ne savait plus comment apaiser son chagrin. Un mercredi, elle lui donna six sous pour s’acheter des bonbons à Marvejols.

Il enfourcha gaiement son vélo et arriva à toute allure aux portes de Marvejols.

Il aperçut un commerçant qui mettait une affiche sur sa vitrine où était écrit en grand : «Chiots à vendre». Le cœur de Polo se mit à battre très fort. Il descendit de vélo et lança au commerçant: «Combien vendez-vous ces chiots ?»

L’homme répondit : «Trente sous».

Polo chercha dans sa poche et sortit une pièce de cinq sous et une d’un sou.

«J’ai six sous est-ce que je peux les regarder ?»

Le propriétaire du magasin sourit et siffla. Sa chienne Lady accourut, suivie par quatre charmants petits chiots, la queue fièrement dressée et le visage rieur.

Ils étaient tous plus mignons les uns que les autres. Soudain la silhouette d’un cinquième petit chien apparut loin derrière. Il avait du mal à marcher. Son arrière-train se tortillait et lui faisait faire des zigzags, sa langue pendait sous l’effort, mais ses yeux étaient aussi brillants de joie que ceux de ses frères.

Polo remarqua aussitôt le chiot boiteux et demanda: – Qu’est-ce qu’il a votre petit chien?»

– Tu vois, quand il est né, le vétérinaire m’a dit qu’il avait une malformation de la hanche. Il boitera le restant de sa vie. Polo poussa un cri d’enthousiasme et s’exclama:

– C’est le chiot que je veux acheter ! L’homme répondit:

– Non, ce chien n’est pas à vendre. Si tu le veux vraiment, je te le donne!»

Polo, bouleversé, regarda le marchand droit dans les yeux et dit:

– Je ne veux pas que vous me le donniez; il vaut autant que les autres, et je vous paierai le prix juste. Si vous voulez bien, je vous donne mes six sous maintenant et je vous en apporterai cinq tous les mois jusqu’à ce que les trente sous soient payés.

Le commerçant répondit :

– Mais tu ne veux pas plutôt acheter cet autre chiot, là, qui est si beau et qui n’arrête pas de sauter, de jouer et de courir ?»

Alors, le petit Polo se pencha, remonta le bas de son pantalon jusqu’au genou et montra sa jambe gauche.

Elle était toute fine, tordue, sans muscles, et soutenue par deux longues tiges de métal. Lors de l’accident de voiture, elle s’était brisée en tant de morceaux que les chirurgiens de l’hôpital n’avaient pas pu la réparer.

Polo leva les yeux vers l’homme et murmura :

– Je ne cours pas très bien. Je peux mieux comprendre ce petit chiot-là, et il pourra mieux me comprendre.

L’homme mordit sa lèvre inférieure. Des larmes lui piquaient les yeux… Il sourit et dit :

– Fils, j’espère que chacun de ces chiots aura un maître tel que toi. Tous les deux, vous ne pouvez devenir que de vrais amis. Et un véritable ami se rapproche quand le reste du monde s’éloigne.

Polo repartit avec son chien. Sœur Marie-Madeleine accepta en grondant un peu ce nouveau venu si touchant qui avait redonné le sourire à Polo. Elle fit écrire au-dessus de la classe de Polo :

Dans la vie, peu importe qui vous êtes si quelqu’un vous apprécie pour ce que vous êtes, vous accepte et vous aime comme vous êtes, sans condition.

Qu’est-il arrivé aux deux autres frères, me demanderez-vous? Vous le saurez dans les prochains épisodes…

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