UNE APPROCHE INTÉGRATIVE DE LA GUÉRISON – fin

Une approche intégrative de la guérison, fin

EN CONVERSATION AVEC LUKE COUTINHO ET SAMARA MAHINDRA

Dans la dernière partie de cette interview, LUKE COUNTINHO et SAMARA MAHINDRA continuent à nous parler des aliments, de nos comportements, et de l’importance d’avoir une attitude holistique envers la vie.

Interview Elizabeth Denley

LUKE L’huile est importante pour le développement des hormones et l’absorption des vitamines A, D, E et K, qui sont solubles dans les corps gras. Ceux-ci sont nécessaires pour les acheminer aux cellules. C’est dire l’importance de connaître l’alimentation – il ne suffit pas de suivre un régime et de manger telle ou telle nourriture, il faut savoir comment elle est absorbée par le corps.


Avant de faire la liste des nourritures saines qu’on va manger, il faut préparer le corps à les absorber en nettoyant l’intestin et en détoxifiant le foie. On remarque alors qu’on n’a plus envie de nourritures malsaines.

Il faut donc connaître le biofeedback du corps. Beaucoup de gens ont la langue chargée, cela signifie que la nourriture ne remplit pas bien sa mission. Avant de faire la liste des nourritures saines qu’on va manger, il faut préparer le corps à les absorber, et ce en nettoyant l’intestin et en détoxifiant le foie. On remarque alors qu’on n’a plus envie de nourritures malsaines, le corps ne réclame plus que des aliments sains. Seul un corps malsain éprouve le besoin d’une nourriture malsaine. Lorsqu’on a suivi un programme de détoxification, on se sent parfaitement bien pendant quatre ou cinq jours et il n’est plus nécessaire de réprimer des envies à force de volonté – le corps n’en produit plus.

Mais dès qu’on reprend une dose de sucre, il se forme des bactéries, les cellules deviennent anaérobies, toute notre physiologie change, et on se met à avoir une folle envie de malbouffe.

Q Le sucre est encore et toujours le grand méchant loup?

LUKE Ça ne fait aucun doute. Mais il n’est pas le seul, il y a aussi la question des graisses saturées, liée au mythe du cholestérol. On a amené les gens à délaisser les huiles qui géraient leur cholestérol pour des huiles qui provoquent peu à peu des maladies de cœur et des inflammations.

SAMARA Tant de gens suivent aussi les engouements diététiques du moment. On est souvent attiré par ce qui vient d’ailleurs, et on nous propose de plus en plus d’aliments importés de pays lointains. Il y en a sans doute de très sains, comme le quinoa, mais nous appartenons tous à d’anciennes et riches cultures dont les traditions alimentaires conviennent à notre système. Nous voulons les trucs à la mode, des choses exotiques, sans réaliser que ce qui est local reste ce qu’il y a de meilleur pour nous. Beaucoup de choses concourent à nous en détourner, particulièrement les médias.

LUKE C’est pour ça que la méditation et l’équilibre intérieur ont tellement d’importance. Nous sommes bombardés d’informations par les panneaux publicitaires, Facebook et tous les médias. Il faut être bien centré pour pouvoir se demander : «Pourquoi courir après toutes ces choses qui viennent d’ailleurs, au lieu d’aller voir ce qu’il y a dans ma propre culture?» Ce qu’il faut, c’est retrouver nos vrais besoins, nous connaître nous-mêmes, et non pas chercher des informations sur Internet ou suivre un cours où quelqu’un vous dira quoi faire. En fait on le sait déjà au fond de soi, il faut juste du courage et de la détermination pour prendre les bonnes décisions.

Quand j’interroge mes patients, ils me répondent que tous leurs amis mangent du quinoa. C’est branché. Il y a en Inde des gens qui font venir des produits des États-Unis par avion, parce qu’ils en ont les moyens. Ils en ont les moyens, et alors? Il ne s’agit pas vraiment d’un choix personnel, il est dicté par l’ignorance, il n’a rien d’équilibré. Encore une fois, c’est pour ça que nous avons besoin de méditer – pour nous aider à être en harmonie avec nous-mêmes dans toutes nos décisions.

Dans mon activité, les gens que je vois ont surtout besoin de mon temps, de mon attention, pas vraiment d’argent. Les ONG, elles, en ont besoin pour faire ce qu’elles jugent utiles. Avec mon équipe, nous travaillons dans des villages avec des enfants qui ont le cancer. Et tout ce qu’ils veulent, c’est jouer. Ils n’ont même pas besoin d’un ballon de football, ils veulent juste s’amuser avec nous. Pour les aider, pour répondre à leur désir, il faut être équilibré intérieurement. Il faudrait que tout le monde le soit, pour que les donations soient faites et utilisées autrement.

Certes, nous avons tous besoin d’argent pour vivre, mais il ne doit pas servir à envoyer un faux message. En tant que nutritionniste, même si je peux me permettre de ne manger que bio, je ne le fais pas, pour que mon corps soit habitué à l’environnement, et parce que je ne veux pas donner le message que pour être en bonne santé il ne faut manger que bio. Être en bonne santé, c’est aussi supporter toutes les toxines qui nous entourent. La nourriture bio n’est qu’un petit élément dans tout cela. Les patients cancéreux en rémission doivent encore faire face à la pollution de l’air, aux carcinogènes dans la nourriture, dans l’eau, partout, tout le temps. L’important est donc de renforcer notre système immunitaire pour répondre à ce qui est notre réalité.

Q Vous évoquez tous les deux le cancer. Nous savons qu’en Occident il devient endémique. Quelle est la situation en Inde?

SAMARA Je pense que notre volonté d’imiter le style de vie occidental a un grand impact. En Inde beaucoup de gens croient à tort que le cancer a des causes génétiques. C’est peut-être vrai dans 5 ou 10% des cas, mais pour le reste, c’est lié au mode de vie. Si celui-ci devient toxique, le taux de cancer augmente. C’est exactement ce qui est en train de se passer – il croît rapidement. Ce sont notre alimentation, notre mode de vie, nos horaires de travail qui sont à l’origine de cette augmentation.

LUKE Je ne m’occupe pas trop des statistiques, je crois en la science, même si je sais aussi que le besoin de preuves scientifiques peut être un obstacle à la guérison. Quand on donne du curcuma à quelqu’un qui est persuadé que ça marche et qu’on lui dit: «Il n’y a pas assez de preuves scientifiques pour valider son utilisation», on risque de le priver de son droit de guérir. Je refuse donc de ne suivre que la science. Si je vois qu’un traitement est efficace, ça renforce ma conviction et je sais que ça marchera aussi pour quelqu’un d’autre. En fin de compte, je ne respecte qu’une loi, celle de la nature. Elle guérit. Nous savons tous que nous nous sentons mieux quand nous sommes en accord avec les rythmes naturels. Quand nos façons de manger, de penser, de dormir et de bouger s’alignent sur la nature, n’importe quelle maladie – qu’on l’appelle arthrite, cancer ou diabète – en général disparaît.

Notre alimentation est déséquilibrée, les régimes à la mode que nous suivons sont souvent extrêmes. Or tout devrait être fait avec modération. En plus de tout cela, nos aliments sont vendus dans des emballages synthétiques, ce qui n’est pas non plus naturel. Et les nourritures synthétiques seront bientôt plus nombreuses que celles que la nature nous a données.

Parlons aussi de l’exercice. Qu’est-ce que l’exercice? Bouger selon ce qui est naturel à son corps. Le yoga ou le Pilates suivent l’énergie du corps, mais certaines méthodes de fitness sont extrêmes et violentent le corps. La plupart du temps elles n’aident pas, causent des lésions et nécessitent de la physiothérapie. On en revient alors à la marche toute simple, le meilleur des exercices quand on l’associe au yoga ou à d’autres mouvements naturels.

Aujourd’hui, beaucoup de personnes âgées ont de la peine à s’asseoir et à se relever parce qu’elles n’ont jamais pratiqué l’accroupissement, qui est un de nos mouvements de base. La plupart des méthodes actuelles ne tiennent pas compte et n’exercent pas ces mouvements de base.

Tout est question de dosage et d’harmonisation. Nos cycles de sommeil ne sont plus en accord avec la nature. C’est peut-être irréaliste d’espérer ça dans le monde moderne, mais nous devrions au moins nous efforcer de suivre de bonnes habitudes, et de dormir assez. Il est évident que nos pensées et notre stress sont des symptômes de disharmonie.

Q C’est vrai, être en accord avec la nature est certainement la réponse à beaucoup de ces problèmes, mais comment faites-vous, au centre de Mumbai, Luke, et vous, Samara, à Bangalore? Prenez un consultant en technologie informatique qui passe 8, 12 ou 16 heures par jour sur son ordinateur, qui souvent travaille la nuit pour une compagnie américaine, en attrapant au passage quelque chose à manger à la cantine. Comment faites-vous pour aider des gens à respecter les cycles naturels, quand leur mode de vie est si éloigné de ceux-ci?

SAMARA Oui, beaucoup de gens me disent: «Je n’ai absolument pas le temps, je mène une vie trépidante.» On peut les comprendre, mais je reste persuadée que si on veut faire l’effort de changer, on trouve le temps. Il faut commencer par la nourriture, réfléchir à ce qu’on veut faire entrer dans son système. Ensuite méditer, même si ce n’est que 5 à 10 minutes par jour – s’aligner, ajuster son état d’esprit, se préparer à la journée à venir – tout cela fait une grande différence. On commence par de petites choses, il ne s’agit pas de tout changer du jour au lendemain.

Q Vous proposez donc de petits pas…

SAMARA Oui, cela demande un effort pour commencer. Mais ce sont des processus qui peuvent trouver leur place même dans une vie très occupée.

Q Donc il y a encore de l’espoir, on peut faire des changements, même dans une vie citadine stressée? 

SAMARA Absolument. Mais pour suivre ce mode de vie trépidant il est indispensable d’avoir une discipline mentale. Si on veut vivre ainsi sans finir en burn-out, ces choses sont essentielles. Il faut les intégrer dans sa vie quotidienne.

Q Et pour vous, Luke, quelles seraient ces choses essentielles?

LUKE En premier lieu, la responsabilisation personnelle. Cesser de toujours mettre la faute sur le corps médical. Les patients disent au médecin: «Docteur, je suis malade, guérissez-moi », et ne font rien de plus. De nos jours on observe deux tendances : la recherche du plaisir et l’évitement de la souffrance. Quand quelqu’un cherche à éviter la souffrance, la pilule qui supprime la douleur fait de celui qui la donne le meilleur des médecins. C’est une solution rapide, mais on ne va pas à l’origine du mal, on ne change pas le comportement, et la maladie progresse. On ne peut pas accuser les médicaments ou les médecins quand on ne se responsabilise pas soi-même.

Une promenade de 30 minutes représente 2% de notre journée. Je ne connais personne qui ne puisse se réserver ces 2%. Et quand les gens travaillent 14, 15 ou 16 heures par jour, est-ce qu’ils font vraiment du bon boulot ?

Je sais que le travail d’un médecin, par exemple, est aussi très prenant. Il faut être de garde, travailler de longues heures, et ça empêche d’avoir un bon rythme de sommeil – c’est d’ailleurs pour ça que les médecins ne sont pas non plus en bonne santé. Mais on peut quand même se responsabiliser et faire de petits pas, un à la fois, comme l’a dit Samara.

Si vous ne pouvez pas prendre trois repas équilibrés, commencez avec un. Si vous ne pouvez pas marcher 30 minutes, faites-le pendant un quart d’heure, ou répartissez-les : 10 minutes le matin, dix le soir. 5 minutes d’exercice augmentent déjà votre capacité cardiaque et pulmonaire. Une session de yoga ne doit pas durer une heure. Vous pouvez faire une ou deux postures à la pause, pendant 15 minutes.

La même chose pour la nourriture: on peut peler une carotte ou un concombre sans qu’un coach soit là pour vous motiver. Il faut trouver sa propre motivation, et celle-ci nous vient de notre équilibre intérieur, qui est un résultat de la méditation.

Sinon, on aura beau recevoir toutes les informations du monde, on ne fera pas ce qu’il faut. C’est l’équilibre intérieur qui nous permet de dire: «Cette vie n’a plus de sens. Il faut absolument que je change. » Et c’est là qu’on trouve le courage de laisser tomber ce qui en soi est fondé sur la peur. Les gens les plus riches du monde ne sont pas heureux. J’en connais certains qui m’avouent: «Aucune somme d’argent ne peut me rendre la santé et m’enlever la douleur qui me fait souffrir chaque nuit dans mes genoux et dans mon dos.» La fortune n’a plus d’importance quand on a le cancer ou le diabète. C’est l’ironie de la vie. Il n’y a que l’équilibre intérieur qui compte. Il nous fait prendre les bonnes décisions. Il nous donne envie de prendre nos responsabilités. En fin de compte, tout se résume à la discipline.

Q Pour terminer, une question personnelle: qu’est-ce qui vous pousse et vous motive à faire ce que vous faites, Samara?

SAMARA Les gens. Les échanges, les interactions. J’ai eu l’occasion de rencontrer toutes sortes de personnes, d’entendre leur histoire et de comprendre à quel point chaque vie est différente. J’ai eu la possibilité de m’engager dans une grande entreprise, mais si ce que je fais maintenant peut transformer la réalité, ne serait-ce que d’une seule personne, cela contribue à ma propre guérison. Oui, ce sont vraiment les gens qui me motivent.

Q Et vous, Luke, qu’est-ce qui vous pousse et vous motive?

LUKE Pouvoir changer la vie de quelqu’un en lui redonnant la santé, voir qu’il a une deuxième chance, c’est ça qui me motive et me passionne.


Sans l’équilibre intérieur, qui nous permet de dire : « Cette vie n’a plus de sens. Il faut absolument que je change », on aura beau recevoir toutes les informations du monde, on ne fera pas ce qu’il faut.

Ça n’a pas toujours été ma voie, j’ai été un hippie et j’ai aussi travaillé en entreprise, avant de comprendre qu’être un directeur général en mauvaise santé n’était pas ce que je voulais. Chaque fois que je peux changer la vie de quelqu’un, même un tout petit peu, je ressens de la joie. Je fais ce que j’aime faire.

Merci à tous les deux.

Pour en savoir plus Rendez-vous sur les sites samaramahindra.com et lukecoutinho.com, régulièrement mis à jour avec de nouveaux articles, programmes santé, témoignages, vidéos, etc., ainsi que sur les réseaux sociaux.

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