Ashtanga yoga : Samyama 2ème partie – Dharana – Dhyana – Samadhi

Ashtanga Yoga : Samyama

Dharana, Dhyana et Samadhi sont les trois dernières étapes de l’ashtanga yoga de Patanjali. Elles comprennent des pratiques de méditation appelées raja yoga, qui concernent le voyage intérieur, le yatra spirituel. Dans cet article, Kamlesh Patel met l’accent sur la conscience, sur les éléments qui la perturbent, et sur la façon de l’amener à un état paisible et calme par dhyana, la méditation, afin de réaliser notre vraie nature.

Nous avons étudié jusqu’ici yama, niyama, asana, pranayama, pratyahara, dharana, dhyana et samadhi en différenciant ces aspects ou étapes du yoga afin de mieux les comprendre, mais en réalité, ils ne sont pas séparés. En fait, toutes les techniques et méthodes du yoga ont été conçues dans un seul but: savoir comment utiliser le mental. La façon dont on s’en sert mène soit à la liberté, soit à l’esclavage : quand on l’utilise à bon escient, il devient clair et empreint de sagesse, avec une expansion de la conscience qui conduit à la libération et au-delà ; quand on l’utilise dans un but erroné, il est confus, chaotique, agité par les émotions et autodestructeur, alors la conscience se contracte sur elle-même comme un trou noir, et cela conduit à la souffrance. Quand le mental a assimilé toutes les étapes de l’ashtanga yoga de Patanjali, il peut atteindre son but légitime ; car ces étapes créent la base nécessaire pour qu’il revienne à son état originel de potentiel infini.

Les six premières étapes contribuent à ce voyage de la manière suivante :

Yama est le processus qui élimine tous les schémas de pensée, les tendances et les comportements indésirables qui limitent la conscience et donc la destinée ;

Niyama est le processus qui infuse de nobles qualités intérieures, ainsi que l’attitude et la concentration nécessaires au voyage intérieur;

Asana focalise le corps physique vers l’intérieur pour lui permettre de participer à cette évolution, en dirigeant le flux intérieur vers le Centre pendant la méditation ;

Pranayama régule et stabilise le champ énergétique, en l’alignant et en le purifiant, pour que lui aussi participe à cette évolution ;

Pratyahara détourne notre attention des sens qui nous attirent vers l’extérieur, pour l’orienter vers l’intérieur, vers le champ de la conscience ;

Dharana dirige le flux de la pensée vers le but, puis maintient et nourrit cette intention pendant que nous méditons.

Finalement le mental se raffine
à tel point qu’il devient
un instrument utile au cœur,
guidé par l’âme, et tout se met
alors en place, chaque partie
jouant le rôle qui lui revient.

Mais c’est dhyâna, la méditation, qui nous permet de plonger réellement à l’intérieur, dans le champ de la conscience, d’aller plus profondément dans le cœur et de maîtriser le mental.

Et c’est là le domaine de Heartfulness, du raja yoga. En fait, dans le système Heartfulness, yama, niyama, asanapranayama, pratyahara, dharana, dhyana et samadhi sont tous pris en charge simultanément pendant la méditation. Le moment venu, la méditation conduit à l’état de concentration de samadhi. Ram Chandra de Shahjahanpur décrit ainsi ce processus: « Nous avons nous-mêmes abîmé le mental en lui permettant d’errer sans but pendant les heures de loisir. Cela s’est poursuivi pendant des années et c’est presque devenu sa seconde nature. Si nous tentons maintenant de le contrôler par la contrainte, nous rencontrons peu de succès. Plus nous tentons de supprimer son vagabondage par la force, plus il rebondit et se rebelle, en causant encore plus de perturbations. La bonne méthode pour contrôler les activités du mental consiste à le fixer sur une pensée sacrée, comme nous le faisons pendant la méditation, et à en chasser tout ce qui est indésirable ou superflu. Au fil du temps, après une pratique constante, le mental devient discipliné et régulé, et une grande partie de la perturbation intérieure s’élimine.»

Finalement le mental se raffine à tel point qu’il devient un instrument utile au cœur, guidé par l’âme, et tout se met alors en place, chaque partie jouant le rôle qui lui revient.

LES SUTRAS DE PATANJALI

L’approche Heartfulness est en complète harmonie avec la vision du monde de Patanjali, lorsqu’il donne cette définition du but du yoga dans les premiers sutras:

1.1: Atha yoga anushasanam
Maintenant, après une préparation par le cours de la vie et d’autres pratiques, l’apprentissage
et la pratique du yoga commencent.

1.2: Yogash chitta vritti nirodhah
Le yoga consiste à empêcher le champ de la conscience de fluctuer et de prendre diverses formes.

1.3: Tada drashtuh svarupe avasthanam
Au moment de la méditation, le sage repose dans son essence originelle, sa nature véritable.

1.4: Vritti sarupyam itaratra
À d’autres moments, le sage semble prendre les caractéristiques des formes fluctuantes associées aux schémas de pensée.

1.5: Vrittayah pancatayah klishta aklishta
Ces schémas de pensée (vrittis) sont de cinq types différents, dont certains sont douloureux
et impurs et d’autres agréables et purs.

1.6: Pramana viparyaya vikalpa nidra smritayah

Les cinq types sont les suivants: la connaissance et la cognition correctes, les idées erronées et le fait de ne pas voir clairement, le délire verbal et l’imagination, le sommeil, et la mémoire.

1.7: Pratyaksha anumana agamah pramanani

Il y a trois façons de développer la juste connaissance : la perception directe, la déduction et le témoignage fiable d’autrui.

1.8: Viparyayah mithya jnanam atad rupa pratistham
Les idées fausses, ou l’illusion, sont une connaissance erronée qui résulte de la perception d’une chose comme autre que ce qu’elle est.

1.9: Shabda jnana anupati vastu shunyah vikalpah

Le délire verbal et l’imagination résultent de paroles qui n’ont aucun fondement dans la réalité.

1.10: Abhava pratyaya alambana vritti nidra

Le sommeil est le vritti qui englobe le sentiment de néant, l’absence d’autres schémas de pensée.

1.11: Anubhuta vishaya asampramoshah smritih

La mémoire vient du fait que les schémas de pensée créés par des impressions précédentes n’ont pas été supprimés, et qu’ils reviennent donc à la conscience.

1.12: Abhyasa vairagyabhyam tat nirodhah

Tous ces vrittis sont maîtrisés par la pratique et par l’abandon de l’attachement.

Cette suite de sutras décrit le yoga comme le raffinement et la purification de la conscience jusqu’à son état d’équilibre originel, appelé samadhi. Patanjali explique que cela s’accomplit par la méditation, en maîtrisant les fluctuations qui altèrent l’état originel de la conscience.

LA CONSCIENCE

Dans son état naturel originel,
la conscience est calme et pure,
comme une toile complètement
vierge ou un lac paisible
et cristallin.

Il est utile ici de comprendre ce qu’est chit, la conscience, et comment les vrittis, les fluctuations dans le « lac chit », perturbent le mental et créent un déséquilibre. Imaginez le champ de la conscience comme une toile ou un lac. Dans son état naturel originel, la conscience est calme et pure, comme une toile complètement vierge ou un lac paisible et cristallin. Les vrittis sont les fluctuations causées par la pensée et les sentiments. Ils provoquent des turbulences, perturbant ce calme et cette pureté. Ils sont dus à l’énergie, car chit absorbe une partie de l’énergie universelle du prana et l’envoie sous forme de pensée. Ces vrittis sont les vagues ou les ondes d’énergie qui se forment sur le lac de la conscience lorsque des choses extérieures l’affectent, et cela se produit parce que nous recevons un grand nombre d’impressions à travers nos sens.

Swami Vivekananda l’explique très simplement: « Pourquoi faut-il pratiquer? Parce que chaque action est comme une pulsation frémissant à la surface du lac. La vibration s’éteint, et que reste-t-il? Les samskaras, les impressions. Lorsqu’un grand nombre de ces impressions demeurent dans le mental, elles s’agglomèrent et deviennent une habitude. On dit que l’habitude est une seconde nature, mais c’est aussi la première nature, c’est toute la nature de l’homme ; tout ce que nous sommes résulte de nos habitudes. C’est rassurant: s’il ne s’agit que d’une habitude, nous pouvons la faire et la défaire à tout moment. Les samskaras sont laissés par les vibrations qui traversent notre mental, chacune d’elles apposant sa marque. Notre caractère est la somme totale de ces empreintes, et nous prenons la tonalité de la vague qui domine. Si c’est le bien, on devient bon ; si c’est la méchanceté, on devient méchant; si c’est la joie, on est heureux. […] Alors ne dites jamais de quelqu’un que c’est un cas désespéré, car il n’est qu’un caractère, qu’un faisceau d’habitudes qui peuvent être remplacées par de meilleures. Le caractère est fait d’habitudes répétées, et c’est seulement par de nouvelles habitudes régulières qu’on peut réformer son caractère.»

Le chit tente en permanence de rétablir son calme, sa pureté et sa simplicité originels, et c’est pour cela que le mental rejette constamment les pensées. Il évacue la lourdeur et la turbulence créées par l’accumulation de vrittis dans ses parties consciente et inconsciente. Il tente de calmer les vagues et les ondulations pour que le lac chit soit semblable à un étang clair et calme où l’on peut voir jusqu’au fond, jusqu’à l’âme.

C’est pour la même raison que nous rêvons. Dans l’état détendu du sommeil, le mental s’efforce de purifier la toile de la conscience en rejetant les impressions du subconscient pour pouvoir plonger dans l’état de sommeil profond et toucher l’âme. Il est évident que le rêve est un prélude au sommeil profond. Mais rêver ne suffit généralement pas à purifier le chit, car la plupart d’entre nous accumulent plus d’impressions qu’ils n’en peuvent éliminer. Nous créons un déséquilibre parce que  nos organes sensoriels nous attirent vers l’extérieur, à la recherche d’une stimulation mentale et émotionnelle. Plus notre vie sera mouvementée, moins le calme y régnera, plus nous aurons besoin de stimulations, plus nous voudrons satisfaire de désirs, plus nous accumulerons d’impressions – et plus l’eau du lac sera boueuse et agitée.

LA PREMIÈRE ÉTAPE DU YOGA

En raison de tout cela, la première étape du Yoga consiste à réfréner cette attraction des sens vers l’extérieur et, par la méditation, à commencer le voyage de retour vers l’intérieur, vers une conscience purifiée. Nous commençons par la méditation, dhyana, et les étapes de yama, niyama, asanapranayama, pratyahara et dharana entrent naturellement en jeu.

Lorsqu’on considère la méditation comme une activité isolée du reste de la journée, elle est rarement efficace. En revanche, lorsque nous nous préparons à la méditation la veille au soir et que nous essayons ensuite de maintenir la condition qu’elle nous donne tout au long de la journée, son efficacité est dynamique et elle change la vie.

PRÉPARATION À LA MÉDITATION

Se préparer la veille au soir apporte une différence essentielle à la qualité de la méditation du lendemain matin. La première chose à faire est d’enlever les impressions, à la fin de journée de travail, par la pratique du nettoyage Heartfulness. Cette pratique nettoie le chit des vrittis fluctuants, tout comme un bain nettoie le corps. Les fluctuations diminuent, et la toile de la conscience tend à un état de calme, de légèreté et de pureté. L’ élimination de ces impressions indésirables est une pratique active de yama. 

Nous poursuivons la pratique de yama en supprimant également les comportements et les habitudes qui se sont développés à la suite de ces impressions. Le cœur et le mental sont souvent préoccupés par diverses émotions, les interactions avec les autres, habitudes et schémas de comportement qui se produisent chaque jour. Quelqu’un peut nous avoir blessé, on est peut-être jaloux du succès d’un autre, inquiet pour des questions d’argent ou pour nos enfants, on peut éprouver du ressentiment ou de la peur. Ou même se sentir coupable de quelque chose qu’on a fait ou qu’on n’a pas fait. Un temps de réflexion dans le calme, le soir avant d’aller au lit, est un moment merveilleux pour passer en revue les activités de la journée et décider de ne pas répéter ce qu’on a pu faire de mal, même involontairement.

C’est aussi le moment de nous relier à nos semblables, de les reconnaître tous comme frères et sœurs sur ce chemin de vie, quoi qu’ils aient fait, afin de dégager les relations de toutes leurs complexités. Comment le ressentiment, la jalousie ou la peur des autres pourraient-ils demeurer dans nos cœurs quand nous considérons que nous faisons tous partie de la même famille ?

Le moment juste avant de s’endormir est parfait pour se connecter au Soi profondément dans le cœur, par la prière Heartfulness. Grâce à ce lien, le sommeil est régénérant – physiquement, mentalement et spirituellement – et paisible, au lieu d’être mentalement agité. C’est la différence entre naviguer sur un lac tranquille ou sur une mer agitée.

Ce sommeil réparateur nous permet de nous réveiller tôt et de méditer dans le calme de la nature à l’aube. C’est l’une des expériences les plus profondes et les plus belles qu’un être humain puisse faire. Le Centre en nous est en résonance avec le Centre calme et pur de la Nature, à ce point de transition entre le jour et la nuit. Nous sommes alors en mesure de plonger profondément.

Avant de commencer la méditation Heartfulness, nous purifions d’abord consciemment le mental et le corps. Puis nous nous asseyons dans une position confortable orientée vers l’intérieur (asana) et nous nous détendons pour que notre respiration et toutes nos énergies se concentrent vers l’intérieur (pranayama et pratyahara). Ensuite nous faisons la supposition (dharana) que « la Source de Lumière divine dans mon cœur m’attire vers l’intérieur », et grâce à dharana nous maintenons et nourrissons cette supposition dans le cœur aussi naturellement que possible et sans effort, ce qui nous fait glisser en dhyana. Pranahuti, la transmission yogique, facilite ce processus de concentration intérieure sans effort vers le samadhi.

Nous émettons la suggestion dans notre cœur, et elle se met à résonner aux abords de la région du cœur. Cette vibration sans vibration s’étend ensuite à tous les chakras du système humain qui tous se mettent à briller. Elle continue à s’étendre, en passant d’une région à l’autre jusqu’à ce que toutes soient absorbées dans le cercle le plus central. Parfois, nous sentons une lumière éblouissante dans la région que nous avons atteinte, puis elle s’estompe à mesure que nous avançons. Pour finir nous traversons les différents stades de maya et nous nous trouvons dans une atmosphère totalement calme. Suivent encore beaucoup d’étapes dans ce voyage jusqu’au Centre.

La méditation est notre moyen de nous approcher du Centre. Quand nous méditons, le pouvoir central que nous possédons conserve sa force, il disperse les nuages et les obstacles sur le chemin. On ne peut connaître cette expérience qu’en la vivant. À la fin nous nous retrouvons à nager dans la paix et le bonheur éternels. À ce stade, le mental s’est automatiquement discipliné et régulé, nos sens sont naturellement sous contrôle, et nous les maîtrisons. Tout cela est le résultat de la méditation sur le cœur avec l’aide de la transmission yogique, pranahuti ou pranasya pranaha.

Kamlesh Patel, guide spirituel et responsable international Heartfulness, incarne cette rare fusion du cœur oriental et de l’esprit occidental. Dans une approche à la fois scientifique et pratique, il partage aujourd’hui son expérience de la méditation et de la spiritualité dans des conférences, des interviews et des cours dans le monde entier. Auteur de nombreux écrits, notamment sur l’évolution de la conscience, il vient de co-écrire The Heartfulness Way: Heart-Based Meditations for Spiritual Transformation. Pour en savoir plus: daaji.org
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