C’est dans le mental que tout se joue : 1ère partie

C'est dans le mental que tout se joue : 1ère partie

DEVINDER SINGH BHUSARI est allé très loin dans le circuit du tennis international. Classé no 1 en Asie, dans la catégorie des moins de 14 ans en 1999, il a été, la même année, le tout premier joueur de tennis indien sélectionné par la Fédération Internationale de Tennis (ITF) pour faire partie de l’équipe mondiale junior aux États-Unis. Mais arrivé à l’âge adulte, il a choisi d’orienter sa carrière dans une autre direction. Aujourd’hui, membre d’une équipe d’experts, Devinder entraîne avec succès de jeunes talents à l’Académie de tennis Shaishya dans le Gujarat, en Inde, où il conseille les élèves et leurs parents. Non seulement il rend les jeunes plus performants dans leur sport, mais il les prépare aussi à affronter les défis de la vie en général.

 

Q Qu’est-ce qui vous a attiré dans le tennis, Devinder? Qu’est-ce qui vous a amené à en faire un métier à plein temps?

C’est à mon père que je dois mon parcours de joueur de tennis et ma carrière actuelle. Il voulait que je sois un sportif de haut niveau. Lui-même aurait voulu devenir un joueur de cricket, et d’une certaine manière, il voulait vivre son rêve à travers moi. Alors, comme beaucoup d’enfants indiens, dès l’âge de trois ans et demi j’ai commencé le cricket. Mon père m’a encouragé, et plus tard je me suis dirigé vers l’athlétisme, puis vers le tennis. J’ai commencé à avoir un bon jeu, ce qui m’a conduit au tennis de compétition au niveau international. Je pense que, ces années-là, le tennis et les études ont été mes deux seules activités.

Plus tard, à l’université, alors que je cherchais ce pour quoi j’étais vraiment doué et ce que je voulais faire, mon cœur m’a guidé : j’ai réalisé que j’avais vraiment du plaisir à former et à conseiller les autres. Donc, après m’être spécialisé en ressources humaines, j’ai associé les deux choses que je voulais vraiment faire : former et encadrer des enfants et des adultes, et le tennis. Voilà pourquoi je suis aujourd’hui coach et conseiller personnel pour le tennis.

Q Vous est-il arrivé de sentir une pression ou y a-t-il eu un conflit entre ce que vous vouliez faire et ce que votre père voulait que vous fassiez?

En fait il m’a plutôt encouragé et inspiré. Il me montrait souvent des photos et des articles de journaux ou on regardait ensemble des matchs de cricket à la télévision. Là, je voyais des sportifs qui remportaient des victoires pour leur pays, pour leurs amis et leur famille. Mon père disait tout le temps: «En général, les gens viennent au monde et s’arrangent pour avoir une vie normale, comme se marier, avoir des enfants, etc. Ta vie à toi devrait être différente. Tu devrais devenir quelqu’un.»

Alors mon esprit s’est imprégné du fait qu’il voulait que je sois différent, qu’il voulait que je devienne un sportif de haut niveau. Comme j’aimais le sport, il n’y a jamais eu de conflit entre ce que je voulais faire et ce que mon père désirait. Je suppose que j’étais dès la naissance un garçon obéissant !

Mais à 21 ou 22 ans, je me suis posé la question de ce que moi je voulais faire. Comme je l’ai dit, à 22 ans, j’ai arrêté le tennis de compétition et commencé à chercher ce que je désirais vraiment dans la vie. C’est à partir de là que les choses ont changé – que j’ai changé. Je n’ai pas changé radicalement mais j’ai trouvé un équilibre entre ce que mon père voulait et mon propre désir, et j’ai fait une sorte de synthèse des deux. Et ma vie me va très bien !

Q Magnifique ! Comment vous y êtes-vous pris pour trouver cet équilibre ?

Il était très important de savoir quels étaient mes points forts. Qu’est-ce que je voulais vraiment faire dans la vie ? À 19 ans, pendant que je préparais mon Bachelor de commerce, j’avais commencé à méditer. La méditation m’a aidé à être en contact avec moi-même. Bien sûr, cela m’a aidé sur le court de tennis, mais aussi en dehors, parce que j’ai découvert qui j’étais vraiment, quels étaient mes points forts et ce que j’aimais réellement faire.

À cette époque-là, je connaissais beaucoup de gens qui avaient des difficultés à trouver leur voie, alors que moi, mieux je me connaissais, plus les opportunités se présentaient. Je ne me suis donc jamais senti perdu et je ne me suis jamais demandé : « Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? » En fait, je savais que j’avais le choix entre plusieurs possibilités. Il ne s’agissait que de choisir la meilleure. Pour moi, c’était ça, la beauté de la méditation.

Q Qu’est-ce que le conseil personnel dans le cadre du tennis? Quelle méthode utilisez-vous à Shaishya ?

Quand j’ai démarré le coaching sportif, je me suis  associé avec mon propre coach, Shrimal Bhatt et j’ai commencé à travailler à ses côtés. Parallèlement, j’ai fondé une petite entreprise appelée Samasam, qui signifie « équilibre » en sanskrit. C’est là que j’ai introduit l’idée du conseil personnel appliqué au tennis.

Aujourd’hui, je pratique ces deux activités à la Shaishya Tennis Academy. Au tennis, ce qui place à part les joueurs de très haut niveau, c’est leur mental. Le jeu n’est pas tellement physique, technique ou tactique, comme on peut le croire, il est mental. Par expérience, je sais qu’il y a très peu de gens qui entraînent le mental des enfants. Ça ne se fait pas nécessairement sur un court; cela peut se passer ailleurs, dans un bureau ou une salle de classe. C’est ainsi que j’ai commencé le conseil personnel. En fait, si je regarde en arrière, la plupart des étudiants qui reviennent vers moi pour du coaching sportif sont ceux que j’ai suivis en conseil personnel. Cette activité s’adresse aux enfants, aux joueurs, mais également à leurs parents, et elle porte sur un ensemble de sujets tels que l’aspect mental, le planning des entraînements ou des tournois, et même les études. J’ai plutôt l’impression d’être un médecin spécialisé dans le tennis.

Le tennis ne consiste pas à gagner ou à perdre; un match de tennis devrait
permettre à l’enfant d’exprimer le meilleur de lui-même. Je pense qu’il en va de même pour
les défis de la vie.

Q Lorsque vous conseillez vos élèves et leurs parents, notamment sur le plan mental, utilisez-vous des outils particuliers ou bien un programme ?

C’est une très bonne question. Comme je le disais, la plupart des gens considèrent le tennis comme un sport physique. Pourtant, avec l’expérience, j’ai compris qu’en fin de compte c’est en grande partie un sport mental. J’ai connu tellement d’enfants qui étaient très bons à l’entraînement mais qui perdaient tous leurs moyens pendant les matchs; ils n’arrivaient pas à se donner à fond. Alors, comment renforcer le mental de ces enfants? Ce que je dis à mes élèves, c’est que finalement c’est juste un sport, un jeu. Donc quand je les conseille sur l’aspect mental, c’est tout un ensemble de valeurs que je vais leur apporter. Plus un enfant aura bon caractère, plus sa vision de la vie et du sport sera saine, et plus il gagnera de tournois et sera capable de gérer la pression. Le stress au tennis, et même dans la vie, est dû à des attentes ou des ambitions mal orientées. Le tennis ne consiste pas à gagner ou à perdre ; un match de tennis devrait permettre à l’enfant d’exprimer le meilleur de lui-même. Je pense qu’il en va de même pour les défis de la vie.

Dans les séances de conseil, nous nous référons toujours à ce qui se passe dans la vie, en quoi elle consiste ; et on regarde le tennis comme une situation de vie en miniature, sans les conséquences de la vie réelle. Je parle du tennis, mais cette approche s’applique à tous les sports.

Q Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets  d’élèves qui ont radicalement changé avec ce type de conseil personnel ?

J’ai eu le cas d’un garçon qui se mettait violemment en colère sur le terrain et auquel il manquait l’éthique ou la volonté de s’entraîner. À la suite des séances de méditation commencées avec lui il y a quatre mois, nous avons constaté une nette amélioration. La courbe graphique de ses efforts et de son éthique personnelle ne fait que monter. Aujourd’hui il est devenu vraiment très exigeant dans sa manière de faire les choses, on peut sentir sa motivation, et il joue maintenant au niveau international dans la catégorie junior. Il a 16 ans.

J’ai également eu la chance de travailler avec quelques autres joueurs dont l’un est maintenant champion national. Il était en classe de seconde, avait échoué à un examen important pour la fin de sa scolarité, et ses parents étaient très inquiets pour son avenir. J’ai d’abord parlé aux parents, puis tous ensemble nous avons élaboré un programme avec leur fils.

Nous avons établi des priorités, en mettant les choses bien en perspective et en tâchant de trouver un bon équilibre entre les études et le tennis. Le garçon a bien réussi son examen final et l’année dernière, il a remporté un titre national, puis deux titres internationaux consécutifs.

Q C’est formidable ! Utilisez-vous régulièrement la méditation dans votre programme de conseil personnel à l’académie de tennis ?

Non, pas avec tous les enfants, car la plupart de ceux que je reçois ont moins de 15 ans. Dernièrement, nous avons instauré une technique de relaxation que nous utilisons parfois sur le terrain après les cours pour aider les enfants à se détendre et à se concentrer. La plupart des enfants aiment beaucoup cette technique et certains la pratiquent de leur propre initiative.

En fait, si je me suis mis à méditer, c’est parce qu’en plein milieu des matchs j’étais assailli de pensées. Certaines étaient hors de propos et me mettaient inutilement sous pression. Je pense que la meilleure façon de faire face aux pressions, dans un match de tennis comme dans la vie, est d’avoir l’esprit clair, et c’est essentiellement ce qu’apporte la méditation. Une fois qu’on est capable de réguler son mental et de le diriger dans une direction positive, la plupart des choses se résolvent d’elles-mêmes.

Q Quels changements avez-vous observés, sur le court et en dehors, après avoir commencé à méditer ?

Beaucoup de choses! Au premier niveau, des petits changements comme un meilleur contrôle de mes émotions, une pensée plus claire et mieux focalisée, plus de précision et d’efficacité dans tout ce que je dois faire. Mais à un niveau supérieur, il s’agit de développer la juste perspective envers toute chose. Je parle donc régulièrement aux parents et aux enfants de cette juste perception du tennis. En réalité, il s’agit de le prendre comme un jeu. Il y a des défis à relever et ces défis doivent rendre chacun de nous meilleur en tant que personne, en tant qu’être humain.

La méditation m’a donc donné une juste perspective de la vie, de ce qu’elle est. Et une fois qu’on l’a trouvée, tous les autres aspects ou domaines de la vie se mettent en place. On est capable de bien établir ses priorités. J’ai beaucoup de responsabilités, et la méditation m’aide à rester centré, focalisé, et puis je suis heureux, j’aime la vie !

Interview de Meghana Anand

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