La danse sacrée de la guérison – 2ème Partie

La danse sacrée de la guérison - 2ème Partie
Dans la seconde partie de cette interview exclusive, le Dr Crystal Jones explore avec nous la notion de l’instant présent. Elle connaît différentes approches de la guérison, telles que la médecine allopathique, les médecines alternatives, le yoga et la méditation. Elle guide les femmes qui sont prêtes à guérir en les impliquant dans un processus de découverte de soi.

Q Nous vivons une période d’évolution collective. Vous suivez un certain nombre de patients depuis déjà plusieurs années. Voyez-vous des points communs dans ce qu’ils vivent et dans la façon dont ils relèvent les défis de la vie?

Ce que j’observe le plus souvent, c’est que les gens n’ont pas conscience de leur système de valeurs, ni de leur propre vérité. Je pourrais parler de nombreux cas différents, mais prenons l’exemple de l’infertilité.

Certaines femmes me disent qu’elles n’arrivent pas à être enceintes. Cela peut leur arriver après avoir rencontré plusieurs femmes ayant eu le même problème, ou après être tombées sur un médecin qui les a diagnostiquées infertiles. Peut-être aussi se sont-elles dit, à des moments de leur vie, qu’il valait mieux ne pas tomber enceintes. Ainsi, toutes sortes de messages ont été transmis à leur corps, et elles ont fini par créer une vérité à laquelle elles croient. Dans ces cas-là, je ne peux pas faire grand-chose tant que leur scénario ne change pas. Et tout ça, à cause d’un mot que quelqu’un a prononcé. C’est le prix à payer quand on donne du pouvoir à quelque chose ou quelqu’un d’extérieur à soi. Que vous a-t-on dit? Qu’est-ce que ce livre vous a raconté ? Qu’est-ce que le docteur a diagnostiqué ? Ce sont parmi les plus gros blocages que j’aie pu observer.

Un autre blocage, spécialement chez les femmes, est celui de l’identité. Certaines n’ont aucune idée de qui elles sont en dehors de leur relation aux autres. Comme elles ne savent pas qui elles sont, ou ce qu’est leur Soi supérieur, elles se sentent complètement perdues quand on  leur demande d’entrer en contact avec leur Soi, parce qu’elles ont délégué l’autorité à d’autres. Et au moment où le rapport à l’autre change – d’enfant on devient mère ou de fille on devient femme – elles ont l’impression de ne plus avoir d’identité du tout.

Ainsi l’identité représente un repère capital. Quand les gens parviennent à me dire qui ils sont au plus profond d’eux-mêmes, en dehors de tous les titres, rôles ou fonctions, ils sont sidérés de découvrir que leur identité ne se définit pas par rapport à d’autres et qu’ils ne sont pas, par exemple, le sauveur qu’ils croyaient être.

Q Et quand les gens réussissent à se défaire de ces identités-là, que leur reste- t-il ? Que découvrent-ils ?

Ils commencent à découvrir que leur vie est une expérience. Ils en arrivent à un point où ils peuvent dire « je suis » sans éprouver le besoin d’y ajouter un qualificatif. À ce stade, il n’est plus question d’être fort ou faible, bon ou mauvais. Quand on en est à « je suis », on est capable de vivre l’instant présent, de s’adapter à ce qui vient, à ce qui s’en va, parce qu’on n’est plus tenu d’être fort ou faible, ni contraint à une bonne ou une mauvaise décision. « Je suis » est basé sur mes vérités, mes croyances, mes valeurs. Et si je veux en changer, je le ferai.

Q Alors on n’est plus fort ni faible, on «est». On va au-delà de la dualité.

Oui, on réalise que l’ombre, la lumière et les zones grises ne sont pas en dehors de nous. En les intégrant, on prend vraiment conscience de ce qu’est l’unité.

Q Et que recommandez-vous comme pratiques pour vivre cette unité ?

Bien évidemment, la méditation. Je sais, c’est une chose que beaucoup de gens pratiquent aujourd’hui, mais ce que j’entends, c’est qu’on s’installe vraiment dans le silence avant de commencer sa journée, avant de demander à tout le monde – ou à son téléphone – le programme du jour. Simplement ça, rester assis en silence.

Et quand vous restez ainsi, en silence, vous faites l’expérience de vous-même. Vous commencez à sentir ce qui monte en vous. Si vous ressentez quelque chose que vous ne pouvez pas ignorer, comme la colère ou la jalousie ou « je n’en vaux pas la peine », restez en méditation avec ce sentiment et voyez ce qui vous vient. « Pourquoi ai-je l’impression que je ne vaux rien ? Pourquoi m’a-t-on dit que j’étais nulle ? Est-ce que je vaux quelque chose ? » Restez ainsi et posez-vous ces questions. Faites-le sans attendre la venue d’une réponse, simplement pour faire l’expérience de ce qui se passe en vous.

Et quand vous restez ainsi,
en silence, vous faites
l’expérience de vous-même.
Vous commencez à sentir ce
qui monte en vous.

Plus on est prêts à vivre la réalité telle qu’elle se présente, plus on se dit : « Je veux vraiment savoir qui je suis. Je veux vraiment entrer dans la plénitude. » Mais souvent, quand on relit les réponses qu’on a écrites, on pense : « Ce n’est pas terrible » ou « Ce n’est pas ça que je voulais voir sortir. » Alors, au lieu de juger, restez simplement avec votre sentiment et accueillez ce qui vient. C’est ainsi que vous faites certaines expériences et parvenez à formuler votre propre vérité.

Q Vous avez dit que la vérité évolue. Pouvez-vous nous expliquer comment ces premières impressions, dont nous faisons des vérités, se construisent? Et comment, en examinant ces impressions, on voit cette vérité évoluer?

Je crois que la vérité est évolutive. C’est à cause de l’histoire de l’éléphant et des aveugles. L’un touchait la queue, un autre la trompe, etc., et chacun racontait à quoi l’éléphant ressemblait dans des descriptions différentes. Une fois qu’ils eurent fait le tour de l’éléphant, leur vérité a commencé à évoluer, puisqu’elle se fondait sur l’expérience de ce qu’ils avaient touché là où ils se trouvaient. C’est ce que j’entends par vérité évolutive.

Il arrive un moment dans la vie où nous construisons des fondations, un système de base qui détermine nos valeurs, notre morale, notre éthique, etc., puis soudain la vie nous surprend et nous secoue. L’envie nous prend de découvrir quelque chose de différent, mais on ne s’y risque pas parce qu’on nous a dit que ce n’était pas bien. L’idée de vérité évolutive nous permet au contraire d’explorer des choses, de faire ce que nous n’aurions pas osé faire, par peur le plus souvent. Nous tentons de nouvelles expériences et nous pouvons choisir: « J’aime ça » ou « Je n’aime pas ça ». « Je vais intégrer ça » ou « Je ne vais pas l’intégrer ».

Au fur et à mesure que nous avançons en âge, notre vérité évolue. Et cela dès le point de départ, dès la rencontre du spermatozoïde et de l’ovule. Nous évoluons constamment. Alors voulons-nous nous fixer à un stade de pseudo-maîtrise de soi, et vivre selon un ensemble de principes et de règles, sans laisser rien ni personne modifier notre système de croyance ? Je pense que c’est à ce moment-là qu’on commence à s’engourdir, à cacher des choses et à fantasmer…

Il arrive que certaines situations ou certaines personnes nous ouvrent à de nouvelles perspectives, et parfois nous les considérons comme des envahisseurs, ce qu’elles ne sont pas forcément. Lorsqu’on accueille l’idée que la vérité est évolutive, on s’ouvre à une foule de choses. Alors qu’en étant pris dans un système où « cela doit être ainsi », on ne peut même pas savoir si telle ou telle situation nous correspondrait, car on l’a automatiquement définie comme indésirable.

On peut interroger son Soi supérieur : « Comment ressens-tu ce “oui” ? Comment ressens-tu ce “ non”? Que choisir ? » C’est ça, la vérité évolutive.

Une grande partie de ce que je vous ai dit concerne la notion de l’instant présent. Car la vérité évolutive implique : « Je suis ici et maintenant ». Qu’est-ce qui fonctionne ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas? Qu’est-ce qui sonne juste ? Qu’est-ce qui sonne faux ? C’est notre intuition qui nous le dira. On peut interroger son Soi supérieur: «Comment ressens-tu ce “oui” ? Comment ressens-tu ce “non”? Que choisir? » C’est ça, la vérité évolutive. Et le fait que cela concerne tout le monde nous rend plus tolérants à la vérité des autres, sachant qu’elle aussi est évolutive. Notre vérité n’est pas plus juste que la leur.

Q Oui, et cela nous amène à reparler de la résistance à la guérison, qui semble souvent liée au jugement critique et au besoin de maintenir la vision que nous avons de nous-mêmes et de l’autre.

Absolument. La vérité telle que la vit un professionnel peut ne pas coïncider avec la vérité de votre corps, mais lui paraître si solide qu’il n’est pas capable d’entrer véritablement en relation avec vous; il pense à ce qu’il est censé être, au lieu de vivre ce qui est et de se dire : « Ok, nous sommes là tous les deux, alors dansons ensemble cette danse sacrée.»

Q Nous voilà revenues à notre point de départ, à l’instant présent.

Absolument. Tout tient à cela : vivre l’instant présent.

Interview d’Emma Ivaturi
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