La danse sacrée de la guérison

La danse sacrée de la guérison
Le Dr CRYSTAL JONES accompagne les gens et les aide à retrouver leurs capacités en créant un espace de rencontre particulier entre guérisseur et patient.

Q Vous avez développé une approche particulière pour accueillir vos patients, pouvez-vous nous en parler?

Ce qui se crée, quand deux personnes se réunissent pour susciter la guérison, je le perçois comme un espace, comme une danse sacrée. En général, il y a le guérisseur et, comme j’appelle le patient, le facilitateur de la guérison, mais pour moi, il s’agit avant tout de deux personnes sur la même longueur d’onde. Lorsqu’une personne est en quête d’une autre approche de la guérison, d’un approfondissement, et qu’elle croise le chemin d’un guérisseur, elle doit également être responsable et comprendre ce qu’elle souhaite en retirer, au lieu de se reposer sur l’idée : « Cette personne est un médecin, ou un professeur de yoga, elle maîtrise son domaine, elle va pouvoir me donner ce dont j’ai besoin.» En tant que guérisseur, je pose généralement la question : « Qui êtes-vous? Qu’est-ce que mon approche, ma voie, peut faire pour vous servir? » Nous ne pouvons pas entrer dans une danse sacrée tant que nous ne reconnaissons pas tous deux que notre guérison a lieu à l’intérieur de nous. Et que cette puissance de guérison qui est la nôtre se manifeste en lien avec l’autre ; elle permet de se décrypter mutuellement ainsi que de traverser ensemble nos dysfonctionnements et schémas destructeurs.

Q À partir de là, comment trouvez-vous l’équilibre entre votre rôle de guide et le fait de permettre à la guidance intérieure de la personne d’émerger naturellement?

Je guide les personnes en les écoutant. Ce sont elles qui mènent le jeu. Je me considère comme un guide au même titre que pourrait l’être le traducteur d’une langue étrangère. J’entends ce que les gens disent – j’écoute ce qu’ils confient, quels sont leurs soucis, ce qu’ils expriment avec le non-verbal – et quand ils semblent coincés dans un schéma, je traduis ce que cela raconte pour leur permettre de comprendre pourquoi leur corps répond de cette façon ; et pour découvrir quelles sont les valeurs, les expériences essentielles, les vérités fondamentales qui les accompagnent. Ainsi, c’est leur propre guide intérieur qui m’expose ce qu’il en est.

Quand je leur demande qui ils sont et ce qu’ils veulent retirer de cette expérience, cela m’ouvre un chemin et je comprends leur système de croyance. Je perçois qu’ils ont peut-être besoin de se sentir utiles ou aimés – cela dit, ce ne sont pas des limites qu’ils ont en eux, ce sont des murs! Quand tout cela me devient clair, je peux voir où se trouve la déconnexion, le dysfonctionnement, et pourquoi ils ne sont pas nécessairement là où ils voudraient être. Il ne suffit pas de dire qu’on a telles valeurs fondamentales et qu’on souhaite se trouver à tel endroit pour qu’on y soit. Cette incongruence ne produira jamais vraiment de résultats, et mon travail consiste alors à entrer dans la situation et à les aider à créer ce nécessaire niveau de congruence, c’est-à-dire mettre leurs souhaits en adéquation avec la réalité.

C’est un processus évolutif, ça n’arrive donc pas nécessairement en une séance. C’est possible, mais mais ce n’est pas censé arriver à un moment précis. Il s’agit plutôt d’un processus qui tend à faire évoluer une vérité pour qu’elle devienne une croyance fondamentale, et quand cela arrive, le résultat issu de cette nouvelle croyance peut alors se produire. De par mon expérience, j’ai compris que ce que nous cherchons n’est jamais en dehors de nous ; nous sommes simplement incapables d’accepter cette évidence ou de nous en souvenir.

Q Vous parliez du fait d’être une traductrice. Il me semble que la guérison est beaucoup une question de réconciliation de la syntaxe. Nous nous disons une chose, pour découvrir ensuite qu’en réalité c’en est une autre. Pouvez-vous nous en dire davantage sur la façon dont nous pouvons traduire un problème en des termes plus stimulants, plus encourageants?

Ça peut sembler un cliché, mais cela concerne beaucoup les idées «d’insuffisance et d’abondance». Avoir un problème veut dire que nous avons l’impression que quelque chose nous manque – et cela suffit déjà à nous faire comprendre que nous ne sommes pas dans le moment présent. Une personne qui vient pour être guérie n’est pas dans le moment présent, parce qu’il lui manque quelque chose. Elle doit donc arriver au point où elle n’a plus le sentiment de manquer de quoi que ce soit, et comprendre que ce sont ses expériences qui l’ont amenée à ce point. L’étape suivante est de lui permettre de réaliser qu’elle est l’excellence et la perfection personnifées. Pour cela, elle doit entrer en elle-même, ce qui ne pose pas nécessairement de difficulté.

Chaque fois que nous voyons les choses comme des problèmes, nous mettons en doute le fait d’être à l’image de la perfection. Ainsi, nous luttons continuellement contre nous-même, en continuant à être ce que nous ne sommes pas, plutôt que de traverser nos peurs et parts d’ombre et de réaliser que tout cela est notre complétude. Là où nous sommes en cet instant, c’est là, notre complétude. Si nous voulons créer une nouvelle histoire, nous le pouvons, mais il n’y a rien de mal à vivre notre histoire existante ; elle est tout simplement ce que nous avons vécu jusqu’à présent, avec tout ce que nous avons accepté comme vérités.

Alors, voyons ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. En admettant que nous ne voulions plus que certains schémas de croyance représentent notre vérité, allons-nous les faire évoluer, ou plutôt rester en sécurité, juste là où nous nous trouvons?

Une fois que tout est mis à plat, nous pouvons décider dans quelle direction aller, parce qu’à présent c’est notre décision : «Bon, sur la base de ce que je viens de raconter, j’ai compris d’où ça vient et pourquoi ça se produit. Si je veux changer, je le peux. Si je ne veux pas, personne ne m’y oblige.» Que nous voulions changer dans six semaines, ou dans six ans, peu importe. Nous avons eu l’occasion de comprendre : « Je n’ai pas de problème. Je suis juste un scénariste.» Et quand on voit ce qui ne fonctionne pas sur scène, on a la possibilité de remanier le script. Pas besoin de changer les personnages, il suffit de changer le script.

Q Nous avons ainsi la possibilité d’évoluer, ce potentiel est en nous. Selon vous, quels sont les principaux seuils ou étapes que nous devons franchir pour poursuivre ce voyage?

L’une des étapes les plus importantes est la connexion à sa puissance personnelle et la prise de conscience que nous sommes les co-créateurs de notre vie. C’est ce qui nous permet de prendre des décisions, et surtout de comprendre que la vie se passe à travers nous et pour nous, et non malgré nous. Des situations se produisent, mais elles se produisent à travers nous et pour nous.

Pour moi, la plus grande limitation est de se voir comme une victime. Je ne veux pas dire que personne n’a jamais été victime de quoi que ce soit, mais que chacun a tendance à penser ou agir sur le mode : « Qu’est-ce qui m’arrive ? ». Néanmoins, même si nous pensons ou agissons de cette façon, nous pouvons toujours en prendre conscience et transformer cette histoire en ce que nous voulons.

Mais si nous ne comprenons pas le pouvoir que nous avons – pour changer cette histoire en ce qui sert le plus grand bien – nous continuerons à nous sentir dans un problème, à penser que quelque chose cloche en nous, et nous continuerons à vivre notre vie à reculons.

A suivre.

Interview de EMMA IVATURI
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