Découvrir la nature de notre être – 2ème Partie

Découvrir la nature de notre être - 2ème Partie
Auteur de L’âme délivrée, un voyage au plus profond de nous-même, MICHAEL SINGER partage ses réflexions sur la nature du monde, de l’esprit et du cœur. Dans ce second volet, il plonge plus profondément dans la nature de l’esprit et du cœur et nous explique comment gérer les émotions suscitées par le cœur et être en paix avec la gamme immense de ses ressentis.

Pourquoi notre cœur est-il attiré par certaines choses, et non par d’autres? La réponse est assez simple : dans l’ensemble, notre cœur – tout comme notre mental – est programmé par nos expériences passées. Dans la philosophie yogique, on appelle cette programmation samskaras. Ce sont des impressions du passé qui ont créé certains circuits énergétiques ou configurations dans le cœur. Stimulé par un objet, le cœur aura tendance à projeter son énergie dans la direction qui lui est familière. Cela dit, il n’y a pas que les objets extérieurs qui stimulent le cœur – les pensées le font également. Comme vous le savez, le cœur influence le mental et réciproquement. Quand le cœur est attiré par quelque chose, le mental y revient sans cesse : nos pensées se fixent sur cette personne, ce lieu ou cette chose, alors que ce n’était pas le cas auparavant. De même, quand quelque chose nous effraie vraiment, on n’arrive plus à penser à autre chose.

Je vais maintenant aborder la question du cœur d’une façon qui pourrait vous déplaire. Le cœur est un champ d’énergie très actif, avec des flux vectoriels sous-jacents, mais rien de tout cela ne nous concerne. Ce n’est qu’un élément parmi d’autres dans notre champ de conscience. À un moment nous remarquons qu’une chose nous plaît, et cinq minutes plus tard elle nous rebute. Cela se produit constamment. Une personne qui nous attire profondément dit ou fait quelque chose qui nous déplaît et aussitôt nous nous détournons d’elle. C’est ce que l’on appelle le cœur personnel, car ses flux énergétiques sont configurés par nos expériences personnelles. Habituellement, la plupart d’entre nous suivons soit le cœur personnel, soit le mental personnel. En général c’est le mental qui l’emporte car, selon une logique basée sur ses expériences passées, il nous dit: « Je sais comment te rendre heureux.»

Mais le mental n’a aucunement la capacité de nous rendre heureux. Tout ce qu’il sait faire, c’est penser. Le vrai bonheur vient du cœur. Le fait même de devoir réfléchir à la manière de trouver le bonheur rend la chose impossible. La seule chose dont le mental soit capable est de calculer ce qui pourrait nous rendre heureux sur la base de nos expériences passées. Or un instant il aime une chose, l’instant d’après il ne l’aime plus. Nous avons fait des milliards d’expériences, et ce que nous pensons vivre dans le moment présent reflète simplement le vécu qui s’en rapproche le plus et s’est réactivé. Finalement, on réalise qu’à force de se préoccuper des attirances et des aversions du mental on ne parvient plus à ressentir le bonheur véritable qui surgit spontanément du cœur.

Vaut-il donc mieux suivre le cœur plutôt que le mental? À vrai dire, aucun des deux ne peut nous mener là où nous voulons, car ni l’un ni l’autre n’est « nous ». Nous sommes celui qui fait à la fois l’expérience du cœur et celle du mental. Il nous est impossible de voir objectivement qui nous sommes, puisque nous sommes l’observateur. Que voit-on lorsqu’on regarde son propre cœur?

Nous pouvons constater par exemple qu’il s’ouvre et se referme – ce que nous ressentons comme de l’attirance ou de la répulsion, de l’amour ou de la peur. Lorsque le cœur s’ouvre à une expérience, nous ressentons une grande force intérieure, mais si quelque chose vient fermer notre cœur, toute cette énergie s’évanouit ou devient perturbatrice. C’est ce qui nous révèle que nous ne sommes pas notre cœur: nous étions là lorsque l’attirance s’est manifestée, et nous étions là lorsqu’elle a cessé d’exister. Nous sommes celui qui, de l’intérieur, observe tous ces changements.

Avec le temps, nous réalisons qu’il n’y a en nous qu’un seul «moi » – celui qui voit le monde, observe le mental et fait l’expérience du cœur. Il n’existe qu’un seul être conscient, celui qui vit toutes ces expériences. Et tout ce à quoi nous assistons n’a rien à voir avec nous. Seule la conscience d’être a quelque chose à voir avec nous. Lorsque nous atteignons cet état de conscience, nous sommes réveillés. Mais nous ne pourrons explorer la véritable nature de notre être que lorsque nous serons en paix avec le monde, notre mental et notre cœur. C’est là notre tâche spirituelle.

La meilleure façon de faire la paix avec le mental est de se réconcilier avec le cœur.

C’est en honorant la nature du monde que nous parvenons à vivre en paix avec lui. Notre travail consiste à l’aimer, l’honorer, l’accueillir quand il vient, prendre congé de lui quand il s’en va. Car en réalité il ne fait que ça : aller et venir. Dieu cherche ainsi à nous enseigner quelque chose : chaque matin vient un jour nouveau, qui chaque soir s’en va pour ne plus jamais revenir. Il est là, et soudain il disparaît, comme dans les tours  de magie. Cela n’a rien à voir avec nous; nous faisons simplement l’expérience de son passage.

Mais l’incessante activité du mental nous empêche d’honorer le monde. En se basant sur les expériences du passé, le mental s’est fait sa propre idée de ce qui devrait arriver, et il est persuadé d’être dans le vrai. Un sage comprend que cette conviction fait partie de la nature du mental, et il ne la combat pas. Il regarde le mental personnel avec compassion, réalisant qu’il cherche simplement à résoudre les problèmes du cœur. La meilleure façon de faire la paix avec le mental est donc de se réconcilier avec le cœur.

Le problème sous-jacent, c’est que le cœur n’est pas plein d’amour et de contentement, si bien que le mental cherche constamment à réarranger le monde pour pallier ce manque. Mais ces tentatives sont vouées à l’échec : il nous faut traiter directement avec le cœur. Le cœur a la capacité de passer de profondeurs abyssales aux sommets les plus élevés. Il peut être empli d’amour, de beauté et de chants, ou se sentir vide, douloureux et asséché. Cela fait partie de la nature du cœur humain. Tel un extraordinaire instrument de musique, il possède un immense registre. Mais si on ne parvient pas à en jouer, on se tourne alors vers le mental pour savoir que faire. On utilise le mental pour créer une autre réalité, où tout comblerait les désirs de notre cœur. Puis on sort dans le monde et on s’efforce de contrôler et de  manipuler les événements, afin de rendre notre réalité conforme à cette image. Et si nous laissons aller les choses, voilà les interactions que nous observerons entre le monde, le mental et le cœur.

L’alternative consiste à apprendre à gérer notre cœur. Notre travail spirituel le plus important est d’apprendre à être en paix avec l’immense registre de notre cœur. En se réveillant chaque matin, il faudrait se dire : «Mon cœur est très intéressant, et aujourd’hui je ferai face à tout ce qu’il ressentira, quoi que ce soit et où qu’il aille.» Ce sera peut-être un amour intense ou une terrible peine. Nous nous retrouverons peut-être aux plus hauts sommets de notre être, pensant que c’est là le but de notre vie, ou nous en explorerons les bas-fonds, croyant que notre vie n’a aucun sens. Mais aucun des deux n’est vrai : ce ne sont que des lieux auxquels notre cœur a accès. Lorsqu’on se situe dans la conscience témoin, on s’émerveille devant le registre incroyable du cœur humain. L’amour, le mépris, la joie, le chagrin, la fierté et la honte ne sont qu’autant de lieux où le cœur peut se rendre, selon qu’il est ouvert ou fermé à ce qui passe par les sens ou par le mental.

Il faut apprendre à gérer notre cœur. Notre travail spirituel le plus important
est d’apprendre à être en paix avec l’immense registre de notre cœur.

En fin de compte, notre incapacité à gérer ce qui vient du cœur gouverne notre vie tout entière. Ce n’est pourtant pas une fatalité. On peut célébrer la nature du cœur humain et éprouver une grande joie à explorer toute sa gamme. Les gens ne comprennent pas ce qu’est la voie du bonheur inconditionnel. Cela ne signifie pas que notre cœur nage constamment dans le bonheur, mais qu’on est en paix avec tout ce que le cœur ressent. Voyez-vous la différence ? La conscience d’exister pour avoir l’honneur de faire ces expériences apporte une joie profonde. Les larmes qui coulent alors sur nos joues ne sont ni des larmes de tristesse ni des larmes de joie. Elles sont causées par l’insondable profondeur de l’expérience que le cœur nous donne à vivre.

La plus haute pratique spirituelle, chaque jour,
à chaque instant, consiste à rendre leur liberté
au monde, au mental et au cœur. Quand ils sont libres
d’être fidèles à leur nature, alors nous aussi sommes
libres d’être fidèles à la nôtre – à notre vrai Soi.
Tel est le voyage de retour à la nature de notre être.

Le cœur est un fantastique cadeau de l’Univers. Il confère à notre existence une richesse inouïe, mais notre incapacité à le gérer nous prive de la liberté d’explorer la véritable nature de notre être. Cette liberté, nous l’obtenons lorsque nous apprenons à honorer le monde, à observer la nature transitoire du mental personnel, et sommes capables d’accompagner et de gérer les mouvements du cœur humain. Alors seulement nous pouvons nous installer confortablement dans notre Soi ; alors seulement nous sommes libres de nous fondre tout naturellement dans la véritable nature de notre être.

Et quelle est la nature de notre être ? Le Christ a déclaré : «Moi et le Père sommes un. » La Genèse nous dit : « Dieu a créé l’homme à son image.» Telle est la véritable nature du Soi, et nous pouvons en faire l’expérience directe. Rappelons-nous que, chaque fois que le cœur semble aller dans une direction qui nous semble impossible à gérer, nous avons la possibilité de simplement respirer et nous détendre à l’intérieur de notre Soi, au lieu de nous laisser piéger dans les jeux du cœur ou du mental. C’est la forme la plus élevée du yoga. La plus haute pratique spirituelle, chaque jour, à chaque instant, consiste à rendre leur liberté au monde, au mental et au cœur. Quand ils sont libres d’être fidèles à leur nature, alors nous aussi sommes libres d’être fidèles à la nôtre – à notre vrai Soi. Tel est le voyage de retour à la nature de notre être.

© 2012 by Michael A. Singer. Cet article est une transcription remaniée d’un extrait d’un CD audio The Clarity of Witness Consciousness Lecture Series : The World, the Mind, the Heart, and You, publié par Shanti Publications © 2009 Michael A. Singer.
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