Etre présent – Q & R

Etre présent - Q & R

1 – Que signifie pour vous vivre le moment présent ? Comment vous sentez-vous lorsque vous êtes dans le présent ?

2 – Comment faire pour rester dans cette sensation ?

3 – Qu’est-ce qui changerait si les gens autour de vous vivaient le moment présent ?

ALLA REVENKO Académie de la pleine conscience.
Kislovodsk, Russie

Être présent signife être capable de ressentir plutôt que de penser, se souvenir, analyser, planifer ou rêver. En étant présente, je ne pense pas à ce que je voudrais ressentir. Je ressens simplement tout ce qui se présente à moi. Je peux sentir le froid de l’air qui mord mon visage. Je sens le vent qui transperce n’importe quel vêtement pendant l’hiver russe. Je sens mon corps!

Quand je suis dans le présent, j’entends les oiseaux chanter; à l’inverse, quand je suis profondément plongée dans mes pensées, je ne remarquerais même pas le chant le plus sublime d’un célèbre oiseau chanteur russe… Je ne ressens la beauté et la vie autour de moi que lorsque je sors de mes pensées et que je reviens à la vie et au moment présent. Alors je vois la beauté !

Quand je suis dans le présent, je ressens immédiatement l’état d’esprit de mes enfants, je ne fais qu’un avec eux. Je ne m’inquiète donc pas pour eux, je ne les contrôle pas, je ne cherche pas à leur apprendre quelque chose. Je donne de l’amour et de l’attention. Quel plaisir!

Quand je suis dans le moment présent avec mon bien-aimé, je sens l’amour profond qui existe
entre deux êtres humains. Je sens sa présence en direct. Je vois ses yeux. Je suis attentive à ce dont il parle. Je me rends compte de ce qu’il ne dit pas. J’aime !

Mes pensées du passé et de l’avenir ne font qu’engendrer davantage de pensées. Être dans le moment présent est un don de la vie.

AMIR IMANI
Thérapeute, formateur de pleine conscience et formateur Heartfulness.

Quand on parle d’être, on parle de présence. La présence, c’est tout ce que nous sommes de façon naturelle, sans effort, à tous les niveaux. Quand l’effort se manifeste, c’est que nous changeons d’état et passons au mode actif, ce qui représente également un niveau de présence ; mais on peut aussi y renoncer, et ressentir simplement ce qui se passe ici et maintenant. J’aime cette pratique de prendre conscience de ce qui se déroule et de le laisser entrer en moi, comme une bulle de conscience et de bonté en constante expansion.

Quand cet état d’être est au plus près de la nature, il ne demeure que pure compassion pour ce qui surgit; on voit que la conscience et la bonté ne sont pas deux mais vraiment une, ou du moins des jumelles étroitement liées. Comment pourrions-nous, dans cet état, distinguer la conscience de l’amour, alors que tout ce qui surgit éveille en nous un profond sentiment de connexion ? Notre esprit est allé au plus profond, là où réside le cœur.

Quittons-nous jamais le moment présent ? Le poisson quitte-t-il l’eau ou l’oiseau l’air ? Quand on a connu la profondeur infnie de la connexion silencieuse et pleine d’amour avec soi-même, tout fait alors partie de notre être. Nous sommes dans un océan de présence, et si parfois nous nous en détournons, ce n’est qu’un petit fragment que nous laissons entrer en nous avec un sourire. Pouvons-nous aller ailleurs qu’ici et maintenant? C’est tout ce que nous avons, c’est l’espace et le temps où nous sommes, même si nous le gaspillons en nous consacrant au passé ou à l’avenir.

Qu’est-ce qui changerait si les gens autour de nous vivaient dans le présent? Je pense qu’il y aurait beaucoup plus de rires, de pleurs et d’étreintes. Ce sont là quelques-unes des réponses humaines à la connexion profonde avec notre intériorité, avec les autres et avec notre environnement: la joie d’être vivant et en contact, les larmes quand nous ressentons notre douleur et celle des autres, la gratitude d’être un humain capable de ressentir…et l’étreinte vient spontanément, c’est une réponse instinctive pour garder la vie et ses manifestations plus près du cœur – d’où elles viennent.

BINDU MANI

Directrice de banque à la retraite et bénévole dans une ONG
Hyderabad, Inde

Être présent signife « être » tout simplement. Comme les arbres, les plantes, les animaux, qui sont simplement là, je le suis moi aussi. Je suis très heureuse d’être dans le présent: sans soucis, joyeuse, vaquant aux tâches nécessaires – sans penser à ce que j’aime ou n’aime pas – je prends plaisir à tout ce qui doit être fait. En d’autres termes, être dans le présent, c’est « suivre le courant ».

Comment puis-je rester dans le moment présent? En étant connectée intérieurement à mon cœur 24/7. J’aime vivre dans le présent. Cela me donne une joie immense.

Si les gens autour de moi pouvaient être présents, ce serait merveilleux ! Chacun de nous serait relié à l’Un, si bien que nous serions tous en paix avec nous-mêmes. Nous commencerions tous à nous regarder et à nous traiter les uns les autres de manière totalement différente – pas de préjugés, pas de jugement, pas d’attentes, il n’y aurait donc même pas besoin d’acceptation. Il n’y aurait que de l’amour, et l’environnement deviendrait plus propice à notre croissance et à celle de ceux qui entrent en contact avec nous.

CONNIE GROGAN
Rédactrice médicale
Starnberg, Allemagne

Vivre dans le présent, c’est la conscience de vivre dans un état de grâce. Il y a des moments de paix et de beauté, mais accepter la soufrance comme un don est aussi une partie essentielle de la vie dans le présent. Vivre dans le présent exige une conscience claire. Au fil des années, la conscience conditionnée par l’ancienne éducation religieuse, parentale et sociale est remplacée par la conscience divine ; il est donc de plus en plus important de savoir discriminer.

Je ne pense pas à rester dans le moment présent. Je le fais, c’est tout. Ma pratique quotidienne de la méditation est essentielle, parce qu’elle m’ancre dans le présent. J’aime nager, parce que toutes les pensées se perdent dans les sensations et le mouvement. J’aime marcher, parce qu’il y a toujours de nouveaux aspects de la beauté à voir. J’aime cuisiner, parce que les légumes ont des couleurs et des arômes agréables qui font monter en moi la reconnaissance. J’aime même balayer mon sol, parce que j’entre dans un rythme. J’aime mon travail, parce que je m’immerge dans la lecture et l’écriture.

Je garde à l’esprit l’histoire de Ram Chandra de Shahjahanpur dessinant une seule ligne sur sa main et faisant remarquer que s’il n’y en a pas d’autre, la voie est claire et bien tracée. Il n’y a qu’un seul point de mire. Si tous vivaient dans une attitude d’abandon, le monde serait parfait. Il n’y aurait ni guerre, ni maladie, ni famine. Il n’y aurait que de l’amour.

JESAL MEHTA
Homme d’afaires
Calcutta, Inde

Être présent, c’est ne pas être détourné du moment que l’on vit par quoi que ce soit ; c’est être pleinement impliqué dans ce moment. Je pense que lorsque nous sommes dans l’acceptation totale de ce qui était, de ce qui est et de ce qui sera, nous vivons pleinement le moment présent. Vivre au présent me fait me sentir mieux connecté avec ceux qui m’entourent. Je suis aussi capable de voir les gens et les situations d’un nouveau point de vue.

Je suis inspiré par les enfants, quand je les vois accueillir chaque moment comme il vient. Pour eux, c’est naturel. Ils ne se préoccupent ni du passé, ni de l’avenir. Ce n’est pas le cas des adultes, malheureusement. Mais ce qui m’a énormément aidé au fil des ans, c’est la simple pratique de la méditation Heartfulness. Elle permet à l’esprit de rester stable et centré sur le moment présent. Cela a vivifié mon existence.

Je pense que c’est avant tout à nous-mêmes que nous rendons service en étant dans le présent. Sans cela, nous nous refusons la chance d’apprendre et de grandir à partir de ce que la vie nous offre à chaque instant. Si nous étions dans le présent, nous nous plaindrions moins et serions plus reconnaissants.

JOANEVEN
Professeur adjointe de théorie et pratique de la méditation
Massachusetts, USA

Perchée sur la falaise, regardant l’océan, respirant, blottie dans mon cœur, ressentant en moi une paix intérieure et un flot de gratitude qui me traverse, je suis présente et la nature est présente pour moi. Je conduis ma voiture, attentive à mon cœur, consciente que je suis vivante et que cette force de vie est moi et me traverse, je tends la main vers mon mari, il la prend. Je sens une expansion, une ouverture…. Je suis présente et lui aussi.

Au milieu d’une fête de famille, je suis consciente d’un sentiment inconfortable de déconnexion, de vide et de tristesse dans ma poitrine. Je respire, je place mon attention sur ma respiration, et je la ressens. Je me blottis à nouveau dans ce lieu paisible, laissant l’énergie calme et aimante de ma Nature me nourrir. Au milieu de la fête, je me tiens là, tranquillement, en remplissant lentement d’amour une partie de cet espace triste en moi. Je suis présente. Ma fille me rejoint, nous partageons un morceau de gâteau, nous rions…. Rebecca est présente avec moi.

En arrivant à la maison, une certaine tristesse demeure, je m’assieds dans un endroit calme pour écrire ces lignes. Mon fils, étudiant en deuxième année d’université, arrive, il installe gauchement son mètre quatre-vingt-dix sur mes genoux, me fait un câlin et me dit : « Merci pour tout, Maman. » À nouveau, voilà ce qui se passe quand ceux qui m’entourent sont présents.

DRHESTER
O’CONNOR
Psychologue clinicienne
Irlande

Parfois, j’ai l’impression que des étrangers sont des gens que je connais déjà. Je ne les ressens pas comme des êtres séparés, « autres ». Il m’arrive d’avoir ce sentiment pendant ma journée de travail ou les week-ends, lorsque je sors. Il est tout à fait délicieux de se sentir connecté aux autres. Quand je suis présente de cette façon, j’éprouve pour eux de la douceur ou de la tendresse. C’est une qualité de connexion à soi-même et aux autres très précieuse.

L’image d’un alpiniste redéfinissant la direction à prendre me vient à l’esprit. Faire ma pratique Heartfulness chaque matin est le meilleur moyen que j’aie trouvé pour me connecter avec l’espace de mon cœur, et c’est particulièrement utile quand je suis moins centrée, loin de mon cœur. En conduisant, je me dis mentalement: «Tout ce qui m’entoure est profondément absorbé dans le souvenir du divin.» Et au travail : «Chacun développe une pensée correcte, une bonne compréhension et une approche honnête de la vie. » Ces suggestions m’aident à me connecter par mon cœur à mon environnement, et je remarque que je me réajuste de manière très subtile. Physiquement, je me reconnecte à ma respiration et je la ralentis. Mentalement, la deuxième suggestion semble dissoudre ma nervosité et m’aide à lâcher mon besoin d’avoir raison dans les réunions. Je laisse aller les choses plus facilement.

Le fait d’être plus présente semble également avoir un effet sur mon entourage. Au travail, j’ai tendance à être plus souple et moins rigide. Et il y a des jours où ce sont les autres qui sont plus présents, ce qui a un effet vraiment positif sur moi. Je pense que nous sommes essentiellement des êtres sociaux, plus profondément affectés les uns par les autres que nous ne le pensons. C’est l’état intérieur de chacun.

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