J’aime les regarder envahir le ciel

J'aime les regarder envahir le ciel
Le soir de la super lune, BRENDA NETH célèbre la Nature et l’intelligence des corbeaux, qui l’inspirent sur le chemin de son voyage intérieur.

J’aime tant les voir se rassembler dans le ciel, battant de leurs ailes noires, croassant à l’unisson. C’est le jour du nouvel an 2018 et je suis sur le campus de l’Université de Washington à Bothell. Ils sont revenus : comme chaque soir 16 000 corbeaux se posent sur le sol, dans les arbres et sur les toits. Nous les regardons voler devant la super lune, nommée ainsi en raison de sa grande taille. Nul ne sait pourquoi 16 000 corbeaux se rassemblent chaque soir sur ce terrain de football, avant de rejoindre leurs perchoirs nocturnes dans les arbres en bordure du marais près du collège.

Mon amie Jill se tient à côté de moi avec ses jumelles, et alors que nous contemplons la lune, nous les voyons soudain voler vers nous. Ils semblaient s’éloigner, mais c’était une illusion d’optique, ils escortaient simplement la grande lune à l’horizon, avant de retourner vers leurs nichoirs sur le campus du collège. La nouvelle lune se lève au moment où leurs croassements se fondent en un son unique.

C’est un spectacle inouï que de voir ces colonies serrées voler vers nous en croassant. Je n’éprouve aucune peur, je ne ressens que de l’amour. Ils viennent simplement pour se reposer, non pas pour manger le maïs, détruire ou déranger qui que ce soit. Ils ne sont pas une malédiction pour l’environnement, bien qu’on les prenne souvent pour des pilleurs. Ils symbolisent pour moi le courage, car ils ont survécu tout au long de l’évolution et vivaient sur cette terre bien avant moi. Chaque fois que j’ai peur, je les vois, maîtres du ciel qui se posent et se promènent à la recherche de leur nourriture quotidienne, protégés et aimés de la Nature comme nous le sommes tous. J’aime tant les voir quand je flâne en ville, chez moi à Seattle. Mon cœur vole avec eux. Je les appelle « bien-aimés ».

Je leur lance des graines de tournesol et, au lieu de se battre comme le font les mouettes, chaque corbeau donne de petits coups de bec jusqu’à ce qu’il reçoive sa récompense : sa graine personnelle. Ces graines qui craquent sont pour moi une métaphore de mon cheminement spirituel. Je dois fixer mon attention sur ma propre faim spirituelle, sans combattre les autres pour atteindre le but en premier. En étant attentive à ce que je fais, je découvre le trésor que j’aurais pu manquer si je n’avais pas fait l’effort de briser les coques de ma résistance individuelle. Ces corbeaux savent quelque chose que nous aussi savons au plus profond de notre cœur. La spiritualité ignore la compétition, elle ne connaît que les rencontres de cœurs assoiffés.

Sommes-nous comme ces corbeaux, évoluant au-dessus des superstitions, du jugement des autres et du nôtre ? Si, pour certains, les corbeaux représentent le mal, la mort ou la ruse, les milieux scientifiques les considèrent comme peut-être plus intelligents que les chimpanzés, nos frères les plus proches en termes d’intelligence. Dans leur livre, Gifts of the Crow, les Dr John Martzluff et Tony Angell rapportent des histoires et des recherches qui démontrent l’intelligence cognitive et émotionnelle de ces oiseaux étonnants. Les corbeaux, les corneilles et les geais sont des corvidés et ont tous la capacité de se souvenir, de créer, d’aider, de jouer et d’entretenir des relations. Ils ont des partenaires de vie, les jeunes restent avec leurs parents et les aident à élever les nouveaux oisillons ; ils ne sont pas dépourvus de compassion – ils assistent les handicapés – ni de fureur – ils tuent parfois leurs congénères. Ils ont même des rituels funéraires pour leurs morts. Les histoires étonnantes citées dans Gifts of the Crow illustrent bien la grande similitude qu’ils ont avec les humains.

Au crépuscule de ce jour de nouvel an, mes 16 000 oiseaux bien-aimés ont regagné leurs perchoirs, me confortant dans la foi en mon cheminement. Si en une seule nuit, le sol du campus peut accueillir 16 000 corbeaux, alors mon cœur peut tous les accueillir. Une graine à la fois.

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