L’ abandon

L'abandon

BARBARA J. LEVIN O’RIORDAN nous transmet ce qu’elle a découvert sur la beauté de l’abandon tout au long des années passées auprès de P. Rajagopalachari.

Beaucoup de gens se posent des questions sur la notion d’abandon dans une voie spirituelle. Pourquoi? Parce que l’abandon fait peur. On l’imagine comme un état infamant – une forme de soumission, un renoncement à la conduite de sa vie, à ses choix… une sorte d’esclavage. L’exemple alarmant de Jim Jones ou de Luc Jouret qui ont poussé leurs adeptes au suicide collectif vient tout de suite à l’esprit. Or le véritable abandon n’a strictement rien à voir avec tout cela.

Nous avons tous un Soi supérieur. Même s’il est difficile à définir, nous sommes nombreux à ressentir la présence en nous de quelque chose de plus grand. Certains le vivent comme une présence palpable, ou encore comme la conscience – qui nous donne un sentiment de malaise quand on fait quelque chose de mal. D’autres le décrivent comme une «boussole morale». Pour d’autres enfin c’est relié aux sensations profondes qui les envahissent à la vue ou à l’écoute de quelque chose de beau.

Peu importe le nom qu’on lui donne, mais chacun en a fait l’expérience d’une manière ou d’une autre. C’est notre «compagnon éternel» – quelque chose qui nous accompagne toute notre vie.

Quand nous écoutons et suivons notre Soi, nous nous sentons bientôt vivants, heureux, comblés. Lorsque nous l’ignorons, il ne nous quitte pas, il se met simplement en veilleuse, attendant le moment où nous serons à nouveau enclins à l’écouter. Quand nous le négligeons et qu’il s’assoupit, nous nous sentons lourds, notre réalité se complique. Les doutes et les pensées contradictoires nous assaillent, nous avons de la peine à prendre des décisions, et c’est la déprime, la colère ou la confusion. Pourtant, même lorsque nous sommes dans cet état, notre Soi supérieur attend que nous l’écoutions et que nous répondions à ses injonctions.

L’abandon spirituel, c’est simplement l’acte de nous en remettre à cette partie supérieure de nous-mêmes pour nos décisions. C’est avoir le courage de répondre de plus en plus à ses exigences. Le Soi commence par être un invité dans notre cœur. Puis un jour, l’invité devient l’hôte. Notre vie, même discrètement, devient alors héroïque.

Parfois, il est difficile de discerner la voix de notre Soi. C’est en général lorsque nos propres désirs interfèrent avec notre capacité d’écoute. Leurs voix parlent si fort qu’il devient impossible d’entendre cette petite voix intérieure, calme et tranquille. De plus, nous sommes conditionnés par notre famille, notre religion et notre appartenance sociale, ce qui ne développe pas le discernement: nos dogmes définissent ce qu’il faut croire et ne nous encouragent pas à vraiment nous écouter.

Un maître spirituel est quelqu’un qui a atteint la maîtrise de soi. N’étant plus troublé par une myriade de désirs, il est capable de faire la distinction entre la véritable voix du Soi et celles, illusoires, des désirs, et a le courage d’écouter la première et d’ignorer les secondes.

Ce maître est devenu un authentique être humain, un miroir qui nous montre tout ce que nous avons oublié que nous étions vraiment. Lorsque nous nous regardons régulièrement dans ce miroir et que nous réfléchissons à ce que nous y avons vu, le géant endormi se réveille en nous.

Le grand Swami Vivekananda nous a laissé cette métaphore: un lionceau avait été élevé par des moutons et se comportait comme eux. Un lion passa un jour et vit ce qui lui était arrivé: il bêlait, mangeait de l’herbe et suivait les autres aveuglément. Le vieux lion attrapa le lionceau par la peau du cou et le mena jusqu’à un étang pour lui montrer son reflet dans l’eau et lui faire comprendre qu’il n’était pas un mouton mais un lion. Le lionceau, se voyant pour la première fois, émit un rugissement.

Le rôle d’un maître spirituel est de nous montrer que nous sommes des lions. C’est à cela que nous nous abandonnons – pas à lui, pas à une vie de soumission avilissante, mais au lion qui est en nous.

Nelson Mandela disait que ce n’était pas de notre moi inférieur, ni même de ce monde terrifiant que nous avions peur – mais de découvrir notre grandeur. Quand nous commençons à voir et à aimer ce que nous sommes vraiment, nous nous abandonnons avec joie, sans plus aucune crainte!

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