La conscience = 95% du jeu

La conscience = 95% du jeu

CHIRAG KULKARNI est entrepreneur et consultant en marketing auprès de multinationales. Il est le co-fondateur de Insightfully et donne des conférences dans le monde entier (Accenture, Infosys, IIT-Bombay, MIT). Il nous parle des processus qui sous-tendent le fonctionnement d’une entreprise et du rôle de l’intuition dans leur compréhension.

Quel genre de travail faites-vous?

J’aide les entreprises dans leur marketing – marketing de contenu, relations publiques, médias sociaux et optimisation des moteurs de recherche. Ce qui me pousse, c’est la soif d’apprendre. Quand on fait quelque chose, qu’on le met en pratique, on apprend beaucoup plus que lorsqu’on parle en théorie. Dans mon travail en entreprise, je suis fasciné de voir apparaître les résultats. A l’inverse, c’est aussi intéressant de comprendre pourquoi ils ne sont pas au rendez-vous.

Ce que j’aime, c’est comprendre les processus qui sous-tendent le fonctionnement des choses, et découvrir comment jouer avec ça. Dans le fond, c’est l’amour de la compétitivité et de l’apprentissage qui m’anime.

Comment gérez-vous l’échec?

L’échec fait partie du chemin. Mon approche est la suivante : statistiquement 99 idées ou expériences sur 100 sont vouées à l’échec. Donc si on n’échoue pas, on n’innove pas non plus.

Le meilleur état d’esprit est de ne pas le voir comme un échec, mais comme le processus normal pour découvrir quelque chose. Cela permet aussi d’apprendre des autres, quels qu’ils soient. Ils peuvent vous guider en vous expliquant ce qu’ils font, en décrivant leurs «échecs», afin que vous ne fassiez pas les mêmes erreurs. Il n’est pas nécessaire de passer par les mêmes expériences qu’eux pour atteindre le succès, mais ça fait partie du chemin. L’échec n’est pas négatif en soi, c’est un élément du processus.

Comment gérer-vous les relations de travail ?

Les relations de travail ne diffèrent pas des relations en général. Au final, une amitié est une amitié. Et la façon dont vous vous liez d’amitié au travail n’est pas différente de ce qui peut se passer dans un contexte sportif ou social. Vous partagez une idéologie, un système de valeurs et c’est comme ça que vous vous connectez; ou peut-être à travers une certaine vision de la vie. Pour moi, ce n’est pas différent. Au travail, il s’agit parfois de maintenir et cultiver cette relation sur une période plus longue.

Quel est le lien entre conscience, travail et connaissance de soi ?

La conscience, je pense, constitue 95% du jeu. Le travail nécessite d’exécuter et de conceptualiser, mais l’aptitude à comprendre ce qui fonctionne bien ou pas, et surtout à le comprendre avant même que ça se passe, demande une meilleure connaissance de soi et une expansion de la conscience.

Avec une conscience élargie, on capte les signaux plus rapidement, on devient plus attentif, on a une meilleure perception de soi. Admettons que, dans votre entreprise, vous commenciez à travailler avec un client, et que cette collaboration vous en rappelle une autre qui n’avait pas trop bien marché avec un client précédent. Vous devez en prendre conscience, comprendre et l’accepter : alors, au lieu de signer pour un an, signez pour un mois !

En fait, grâce à ce plus de conscience, on saisit les schémas plus rapidement, on intègre ce qui est pertinent, ce qui est vraiment en train de se passer dans une situation. Cela permet de consacrer son temps à ce qui fait avancer les affaires et non à ce qui risque d’être peu fructueux à long terme.


Mon approche est celle-ci : statistiquement 99 idées ou expériences sur 100 sont vouées à l’échec. Donc si on n’échoue pas, on n’innove pas non plus.

Pouvez-vous partager quelques astuces pour mieux appliquer ces principes ?

En voici quelques-unes :

1. Au fond, nous avons tous des forces et des faiblesses. Découvrez où sont vos forces et cramponnez-vous à elles. En général, quand on est bon dans un domaine et qu’on aime ça, il y a des chances qu’on soit plus à l’écoute de ses possibilités que lorsqu’on arrive tout juste à surnager. Si on travaille avec ses forces, on a pas peur de tout ce qui peut mal tourner, on est généralement plus stable et il est plus facile d’intégrer ce qui se passe autour de soi.

2. La méditation est très importante. D’abord je pense qu’elle aide à la réflexion intérieure. Chaque matin, en méditant, on se donne la possibilité d’écouter son cœur.

3. Tenez un journal pour votre développement personnel. Le matin, notez cinq raisons pour lesquelles vous êtes reconnaissant. Inscrivez comment vous allez procéder avec votre journée. Au fil du temps, vous pourrez revenir à ce journal et voir les défis relevés et les erreurs commises dans le passé. Le fait d’écrire vous rend plus conscient.

4. Demandez à vos proches ce que vous pourriez faire pour vous améliorer. Puis c’est à vous de décider si l’information est pertinente pour vous ou non, et de l’intégrer et de l’appliquer. C’est le premier pas pour déterminer si votre jugement est correct sur la base d’un retour des autres.

Comment la méditation vous a-t-elle aidé?

Comment la méditation vous a t'elle aider ?En me donnant une plus large conscience de moi-même. Je pense que la méditation peut devenir un outil dans les situations où vous n’êtes pas sûr d’avoir la bonne réponse. Elle vous fait faire un pas en arrière pour intérioriser la situation. Elle devient une sorte de fil dentaire mental. On nous dit de faire de l’exercice et de manger sainement, mais on ne parle jamais de purifier nos cerveaux ou d’atteindre nos performances de pointe au niveau subconscient. Personne ne parle de ça.

Puis il y a aussi le sommeil. En méditant avant de dormir, on est plus détendu et on s’endort très rapidement.

Enfin, je pouvais être très désagréable avec les autres – pas énervé, mais j’en arrivais tout de suite à l’essentiel, sans ménagement, même avec les employés. Je les virais pour un oui pour un non. «Vous êtes arrivé une heure en retard? » Dehors. Et il n’y avait pas de raison valable pour ça.


La méditation peut devenir un outil dans les situations où vous n’êtes pas sûr d’avoir la bonne réponse. Elle vous fait faire un pas en arrière pour intérioriser la situation.

Je façonnais ma personnalité en fonction d’autres managers, je me disais «si ce type se comporte ainsi, je devrais faire comme lui». Avec le temps, j’ai compris qu’il faut être son propre leader ; être l’exemple de qui on voudrait devenir. On ne peut pas sans arrêt observer les autres et façonner sa vie en fonction de la leur. On peut s’en inspirer et apprendre d’eux quoi faire et ne pas faire. En tout cas, la méditation m’a rendu capable de comprendre qui je veux être, et non qui je souhaite copier.

On en revient à l’importance de la réflexion sur soi, qui a lieu chaque matin avec la méditation, car vous êtes seul avec vous-même. Nous sommes tous constamment connectés à la technologie, que ce soit à travers twitter ou nos mails, il est donc important de créer du temps pour se centrer sur soi.

Interview Suraj Seghal
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