Le flow

Le flow

THÉOPHILE L’ANCIEN et THÉO, son jeune ami, ont une discussion animée sur le Quotient Intellectuel, le Quotient Émotionnel et le Quotient Spirituel. Ils en viennent à parler de la connexion du cœur et du cerveau par les voies neuronales, du management optimal, de la conscience… et du « flow » – la fluidité qui est le summum de l’intelligence émotionnelle.

 

– Nous avons eu plusieurs conversations sur la pratique avancée et sur la divinisation de l’être. Je voudrais que nous parlions aujourd’hui de la nature humaine, de ses qualités et de ses potentiels, demande Théo.
– Quand je suis en contact avec l’essence divine, répond l’Ancien, je m’enthousiasme et j’ai envie de transmettre tout ce qui m’a été si généreusement offert pendant des décennies. J’ai le souhait de transmettre le meilleur, mais je dois modérer mon impatience.
– Il faut bien que jeunesse se passe, rétorque Théo, espiègle.
– Le taoïsme est un outil idéal pour cela. Il situe l’homme entre Ciel et Terre. Les maîtres taoïstes intègrent naturellement tous les niveaux de l’existence dans leur enseignement.
– Tout comme Daaji, qui est père de famille, homme d’affaires, mystique, scientifique, et en même temps un guide spirituel moderne.

– Les taoïstes, comme mes guides spirituels, m’ont toujours intéressé par leur éclectisme, leur liberté de pensée et leur bienveillance. Ils respectent tout et tout le monde. Ils laissent le souffle de la vie les traverser. Ils sont joyeux, leur neutralité peut les faire paraître insouciants, mais ils participent pleinement à ce monde. Ils incarnent bien l’oiseau à deux ailes dont parle le système du Sahaj Marg. Ils sont naturellement en équilibre entre le matériel et le spirituel.
– Oui, c’est cette sagesse que je voudrais acquérir, mais je suis au début de ma vie. J’ai envie de la vivre intensément, de contribuer à l’évolution de l’humanité à tous les niveaux, et aussi d’être heureux, heureux de vivre, heureux de créer, de partager.

L’Ancien jubile intérieurement face au feu d’artifice de son jeune ami. Seuls ses yeux pétillants laissent transparaître sa grande joie. Son rôle n’est-il pas de canaliser, de guider et d’équilibrer les énergies de Théo ? Théo voit bien qu’il a touché l’Ancien et que celui-ci l’écoute d’un air attendri.

Moqueur, il poursuit:
– Mais je vais peut-être trop vite pour toi, reprenons calmement, soyons sympas avec les Anciens!
Les deux amis, complices, partent d’un grand éclat de rire.
L’Ancien reprend plus sérieusement:
– Quand je t’ai parlé du taoïsme, j’ai tout de suite pensé au « flow» qui est un état d’excellence que décrivent les psychologues de la psychologie dite « positive ».
– Pourquoi positive ?
– Parce qu’elle s’occupe du bien-être des personnes, de leur bonheur, et qu’elle a cessé de regarder l’être humain à partir de ses pathologies comme le font la psychologie et la psychiatrie classiques. Les neurosciences prennent de plus en plus d’importance. Les scientifiques, en procédant à des recherches sur l’être humain, ont abouti à des conclusions intéressantes.
– Comme l’intelligence émotionnelle ?
– Ils se sont rendu compte que le quotient intellectuel (QI) est lié au néocortex, la partie du cerveau qui intègre les informations reçues et permet de prendre des décisions. Mais pour être efficace à un poste de direction, il ne suffit pas d’être « intelligent » : l’intelligence émotionnelle joue elle aussi un grand rôle. Les sentiments ont autant d’importance que l’intellect, et permettent entre autres de développer l’empathie. Les scientifiques ont donc créé la notion de quotient émotionnel (QE). Un dirigeant d’entreprise a bien plus besoin de cette intelligence émotionnelle que d’intelligence pure, s’il veut réussir à prendre les bonnes directions, à comprendre et percevoir les tendances du marché, à passer des contrats avec des interlocuteurs inconnus, rarement bienveillants, parfois rapaces… et je modère mes mots.
Théo, amusé :
– Je peux t’aider à en trouver d’autres.
– Il y a donc eu la découverte du QI, suivi du QE, concernant l’intelligence émotionnelle, et aujourd’hui avec Heartfulness, on met en évidence le quotient spirituel, QS, la connexion du cœur et du cerveau par les voies neuronales. Le QS montre la prééminence du cœur, son intelligence. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre.

– Mais tu m’avais dit que le cœur avait été mis en valeur par la médecine chinoise traditionnelle dans le Ling Shu et plus tard dans Le traité de la Fleur d’or, il y a plus de cinq mille ans.
– Il est vrai que la science moderne est récente. Elle n’a pas plus de cent cinquante ans. Parfois la jeunesse est arrogante, elle croit tout savoir. Imagine que, dans les années 1970, la science a décrété que l’acupuncture ne faisait plus partie des sciences ésotériques, puisque désormais on pouvait opérer sans anesthésie en stimulant certaines zones avec quatre ou cinq aiguilles : un chercheur avait introduit une substance radioactive dans un point d’acupuncture et ainsi mis en évidence l’existence des méridiens. Or, la science de l’acupuncture était pratiquée depuis plus de trois mille ans !
– Oui, j’ai vu une émission qui montrait une opération appelée craniotomie, suivie d’une intervention sur le cerveau, avec une simple analgésie par acupuncture.
C’est impressionnant. Le patient était nourri pendant l’intervention.
– Et de plus, il récupère rapidement.
– En ce qui concerne le QS, le quotient ou l’intelligence spirituelle, penses-tu que les scientifiques s’intéressent vraiment à la spiritualité et à la méditation ?

Il y a donc eu la découverte du QI, suivi du QE, concernant l’intelligence émotionnelle,
et aujourd’hui avec Heartfulness, on met en évidence le quotient spirituel, QS, la connexion
du cœur et du cerveau par les voies neuronales. Le QS montre la prééminence du cœur,
son intelligence.
C’est une nouvelle ère qui s’ouvre.

 

– Ils ont commencé à le faire depuis une dizaine d’années. De nos jours les méditations Mindfulness et Heartfulness sont introduites dans tous les milieux, dans les entreprises, les écoles, les universités, le milieu éducatif, et touchent aussi le particulier en quête de lui-même et de son équilibre.
– Alors qu’auparavant les gens qui méditaient comme toi étaient des « illuminés » !
– On reconnaît maintenant que la méditation contribue à nous rendre plus performants. L’objectif est de nous améliorer, d’être dans l’excellence. Elle est utilisée pour le développement personnel.
– Je n’aime pas trop cette idée d’excellence. Elle évoque pour moi les concours des grandes écoles, le formatage des élites intellectuelles et la formation de « killers » qui vont tout faire pour se hisser au sommet du pouvoir de l’entreprise ou de l’État. Il suffit de voir le comportement des énarques et des politiciens. S’ils ont un cœur, ils le cachent bien.

– On se calme, Théo. Tous ont un cœur mais souvent ils en ignorent le fonctionnement.
Théo, fougueux :
– Leur intelligence reste fruste, primitive. Ils veulent l’argent, le pouvoir, et s’en emparent puisqu’ils sont les meilleurs, les plus forts. Moi d’abord, mes intérêts, mon clan. Sauf qu’eux, ils ont le vernis de l’éducation, de la culture et de la civilisation. Cela ne «Trump » personne.
L’Ancien émet une onde de calme et de sérénité :
– La performance et l’excellence sont en relation intime avec soi-même. Tu ne peux être heureux que si tu es en accord avec toi-même, en harmonie. Tu es alors naturellement moral, soucieux d’éthique. Cela ne peut être autrement. Avec la méditation du cœur, l’homme devient ce qu’il a toujours été, un être universel en accord avec lui-même et son environnement. Il a conscience de sa petitesse mais aussi de sa grandeur, en regardant les nuits étoilées dans le ciel et le cosmos en lui.
La pratique de la méditation Heartfulness permet d’aboutir à un meilleur fonctionnement du cerveau droit et du cerveau gauche, qui sont alors sous la commande du cœur. Le cœur est un merveilleux intégrateur et un puissant compagnon, un ami sûr.
– La science spirituelle est-elle admise par d’autres sciences que la science yogique ?

Elle est en passe d’être reconnue : on a déjà mis en évidence les voies de transmission des neurotransmetteurs entre le cœur et les différentes parties du cerveau.

– Comment les scientifiques arriveront-ils à la méditation ?

– Ils l’utiliseront pour gérer le stress permanent et les émotions perturbatrices, pour améliorer les performances et la capacité à prendre des décisions rapides et efficaces.
– Ne serait-ce pas une nouvelle façon de « manager » ?
– Elle fonctionne déjà. J’ai eu la chance de suivre des cours–conférences du Professeur Ichak Adizes, qui est une célébrité mondiale dans l’enseignement du management, pour les entreprises aussi bien que pour les États; sa formule de base pour le succès est « trust and respect » (confiance et respect).
– Pour améliorer la performance d’une entreprise ?
– Absolument, et cela donne de très bons résultats…mesurables, quantifiables et qui rendent les personnes plus heureuses dans leur vie comme au travail.
– Comment espères-tu changer des dirigeants?
– Je ne veux pas les changer, mais je souhaite qu’ils fassent l’expérience intérieure de ce qu’ils sont vraiment. Le reste suivra. Ils auront envie de faire ce qui est juste. Ils seront plus performants et surtout plus heureux avec eux-mêmes et avec leur entourage. L’intelligence émotionnelle d’une personne détermine son niveau de performance.

– Quels sont les facteurs qui contribuent au développement de l’intelligence émotionnelle ?

– L’intérêt, qui révèle la motivation, le niveau d’implication, et donne la patience nécessaire pour persévérer dans l’effort. L’attention, dont tu connais déjà les avantages dans la méditation, et la joie que cela procure. C’est le signe d’un fonctionnement optimum.
– Donc les mêmes conditions que pour la méditation.
– Comme pour la méditation, le neuro-système est non-verbal. Ils ont un fonctionnement commun.

– Que nous apporte réellement l’intelligence émotionnelle ?

– Une intelligence intra-personnelle par l’écoute de soi, et une intelligence inter-personnelle, qui permet l’écoute de l’autre et le développement de l’empathie.
– Ce sont les qualités du cœur que tu décris.
– Le vocabulaire varie en fonction de la culture et de l’époque. C’est comme pour les religions. Ici, il s’agit de science, et de l’accès au deuxième niveau du cœur, que j’ai nommé conscience cosmique ou universelle. La science, elle, parle de métaconnaissance.
– C’est révolutionnaire !

– Non, c’est évolutionnaire. Mais je n’ai pas l’intention de te faire un cours sur l’intelligence émotionnelle. C’est passionnant, mais ce qui m’a surtout intéressé c’est un état décrit par le Professeur Mihály Csíkszentmihályi sur l’apprentissage et la fluidité, le « flow».
– Peux-tu m’en donner les grandes lignes?
– La fluidité, « flow», est le summum de l’intelligence émotionnelle, elle est décrite comme « l’expérience optimale ». C’est dire qu’on donne le meilleur de soi et qu’on va au-delà de ses limites. Cela procure un sentiment de joie spontanée et un profond bien-être. C’est un état très gratifiant pour soi, le regard de l’autre ne compte pas.

– Comment se manifeste la conscience durant l’expérience optimale ?

– Elle est vaste. Il y a une perte de conscience du temps, de soi et pourtant la personne n’est jamais autant pleinement elle-même. Action et conscience se confondent à ce moment-là.
– Encore une façon d’oublier l’ego.
– Oui, car la personne est totalement absorbée par sa tâche et le but à accomplir. Elle est très efficace. Son esprit est souple, adaptable, créatif et réceptif.
– Cela me rappelle les maîtres taoïstes.
– Tout à fait. Ils sont en permanence dans la « fluidité ». C’est grâce à ma connaissance spirituelle que j’ai pu reconnaître l’importance et la validité des découvertes faites par les chercheurs dans la psychologie dite émotionnelle.

– Pour quelle raison ?
– Comme avec Heartfulness, le yoga ou le taoïsme, on peut accéder à son intériorité, à la conscience du cœur sans passer par un contexte spirituel ou religieux.
L’expérience est directe et objective.

– La démarche est quasi scientifique : ne rien croire, expérimenter sans préjugés. L’expérience est reproductible.

– Il y a une autre similitude avec la méditation. L’expérience optimale, par sa fluidité, par la concentration qu’elle déclenche, ressemble à s’y méprendre à la méditation du cœur que nous pratiquons. L’attention est à la fois fluide et détendue. La perception est circulaire. L’état de fluidité déclenche une légère euphorie alors que le cerveau reste froid et calme. Il est alors possible de parvenir à des performances exceptionnelles.
– Scientifiquement, cela veut dire que les liaisons entre thalamus-amygdale et cortex sont sous contrôle.
– …et les circuits neuronaux plus efficaces: les aptitudes, les compétences sont poussées à leur extrême limite, avec une utilisation minimale d’énergie.
– Et donc pas de danger de burn-out, comme on le voit de plus en plus souvent dans les entreprises.
– Pour le burn-out, la médecine chinoise parle de vide de yin. La personne n’a plus d’énergie-ressource, d’énergie-racine. Elle est agitée par un yang apparent jusqu’au moment où elle s’écroule et n’a plus accès à son savoir-faire, ses compétences. Elle perd le contrôle d’elle-même. Puisque les mises en garde envoyées par le corps, le cerveau et le cœur n’ont pas été écoutées, le cerveau a déclenché un court-circuit salutaire.
– J’ai un peu étudié la question et je sais que dans ces moments-là, on souffre d’insomnies et on ne parvient plus à récupérer son énergie : les fonctions physiologiques, cognitives et parfois même affectives ne fonctionnent plus normalement. C’est le premier pas vers la dépression.

– C’est l’inverse de l’expérience optimale. L’une régénère et l’autre entraîne la dégénérescence. L’une enthousiasme, l’autre… enfin tu vois!

À suivre

Share

Recommended Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *