Le principe de pureté

Le principe de pureté

VICTOR KANNAN nous encourage à cultiver notre état originel de pureté et de simplicité.

 

À la vue de nouvelles marques de vêtements, d’aliments et de parfums portant le nom de « Pureté » ou « Pur », je me pose des questions. Pourtant, en contraste avec cette tendance, j’ai le sentiment que la notion de pureté répugne à beaucoup de gens. Elle semble avoir pour eux une connotation religieuse ou morale, et devant ce mot ils se rétractent et leur esprit se ferme. Mal à l’aise à la mention d’un rituel ou d’un culte qui met l’accent sur la pureté, ils évitent le sujet, incapables d’associer la pureté à l’amour, au pardon, à l’empathie et à la compassion qui pourraient pourtant les inspirer. Au lieu de cela, ils se sentent jugés pour leur impureté, et n’apprécient guère l’attitude moralisatrice de ceux qui prônent la pureté.

De plus, dans l’esprit de beaucoup de gens, l’idée de pureté se limite à la fidélité dans la relation conjugale. Or le manque de pureté dans n’importe quel type de relation crée la séparation, un sentiment de culpabilité et d’autres complications comme l’insécurité, la déception, la colère et la perte du discernement. Personne n’est parfait, on le sait ; pourtant l’idée d’une acceptation joyeuse de l’autre paraît irréaliste et farfelue.

Le frelatage, la dénaturation, quelle qu’en soit la nature, provoque l’impureté, et pas seulement dans les relations ou dans l’esprit. Peut-on mélanger l’huile et l’eau ? Élevons-nous des chèvres et des lions dans la même cage ? Il y a pureté quand tout se déroule en harmonie avec le lieu et l’instant, dans son caractère et son contenu. En d’autres termes, pour qu’il y ait pureté, rien ne doit être dénaturé.

Cela nous amène à explorer l’idée de simplicité. La simplicité est liée à la pureté, alors que la complexité ne l’est pas. Tout ce qui est en accord avec sa propre nature est pur et tout ce qui est prétentieux ne l’est pas. Ne dit-on pas « pur et simple » pour parler d’une évidence ?

Ram Chandra de Shahjahanpur recommandait d’être « simple pour être identique à la Nature ». La Nature est-elle simple ? Elle est si diverse et montre tant de grandeur – fascinante dans ses origines et ses moyens de subsister. Cependant, nous n’en pensons pas moins qu’une simplicité en harmonie avec la Nature engendre le bonheur et la joie de vivre.

Les forces naturelles peuvent manifester une puissance gigantesque. Elles sont simples, mais lorsqu’elles se déchaînent, elles déclenchent d’incommensurables désastres, tout en maintenant des processus créatifs à une vaste échelle – le soleil brille tous les jours et permet à des milliards de formes de vie de subsister. La force de la Nature est tour à tour aveugle, majestueuse et sereine. Quelle est la dimension propre à la Nature qui la rend à la fois simple et si imposante ?

Dans la nature, tout est prévisible. Les lois de la nature fonctionnent inexorablement. On n’y trouve ni ambiguïté, ni faux-semblant. En d’autres termes, la nature a d’innombrables facettes, mais toute complexité en est absente. Elle n’est que pureté et simplicité.

L’observation des humains à travers la même lentille révèle que nous sommes physiologiquement complexes, avec tous ces organes, ces connexions et ces signaux qui nous traversent, dans une interdépendance extraordinaire – pourtant le corps humain fonctionne comme la Nature. C’est dans l’esprit qu’on trouve le plus de complexité.

Lorsque nous décrivons les gens comme simples d’un côté et complexes de l’autre, quelle est la caractéristique qui prédomine ? Sommes-nous les mêmes à l’extérieur et à l’intérieur ? Avons-nous un comportement fiable et prévisible ?

Pensons à la distinction entre ce qui est artificiel et naturel. Même dans les chaussures, l’étiquette distingue les matériaux synthétiques du cuir naturel. La simplicité et la complexité doivent donc aussi se comprendre du point de vue de ce qui a son origine dans la Nature et de ce qui est créé par l’homme.

Lorsque l’esprit crée des choses pour lui-même ou pour son identification, il finit par se perdre dans les complications. Cette complexité s’apparente à de la falsification ou à de l’impureté. Ce n’est pas une simple addition mais une accumulation, telle un corps étranger, qui nous éloigne de la pureté de notre vraie nature.

Notre intuition nous donne le goût de la pureté et nous encourage à valoriser celle-ci. Cela ne nous dispense pas de devoir lutter contre les tendances qui nous rendent impurs. Puisqu’il a fallu du temps pour nous rendre impurs, en toute logique il faudra du temps pour retrouver notre pureté – lorsque nous serons éveillés à cette possibilité. Si nous développons des pensées et des actions impures, il nous faut les examiner et les inverser. Cela dit, ce processus conscient prendra moins de temps que le processus inconscient qui nous a conduits à notre état dénaturé.

La vraie nature de notre être est d’être pur. La Nature étant pure, elle devient notre alliée quand nous entreprenons ce voyage conscient vers la pureté. Et si nous nous engageons dans la mauvaise direction, elle nous soutient en nous proposant des obstacles, de la douleur et de la souffrance. Quand nous prenons la bonne direction et nous sentons heureux, joyeux et expansifs, c’est elle aussi qui y contribue. Nous pouvons également élever notre niveau de pureté par des actes de bonté et de générosité.

Quand nous vivons la pureté, nous voyons l’interconnexion de toutes choses; nous nous respectons et nous chérissons les uns les autres; nous contribuons au bien-être commun et collectif. Nous commençons à tisser notre destinée.

Si nous acceptons la réalité que la pureté tisse notre destinée, c’est que nous sommes prêts à la rencontrer. Nous façonnons notre existence pour imprégner notre vie de pureté – et ce façonnement se fait dans l’apprentissage, l’action et le devenir appropriés. Nous tissons la pureté dans notre existence en devenant purs et simples comme la Nature nous a voulus.

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