le sens du lien nous rend heureux

Le sens du lien

ROSALIND PEARMAIN enseigne la psychothérapie et la méthodologie de la recherche qualitative. Elle nous décrit le contrecoup du Brexit et la prise de conscience du lien qui s’était établi avec l’Europe.

Quelque chose de fort et d’entièrement nouveau s’est passé en Grande-Bretagne, après le référendum du Brexit. Pour tous les déçus de l’issue du vote – presque tous les jeunes ainsi qu’une grande partie de la population, 48% des votants – ce résultat a non seulement été un choc mais aussi une douleur, un profond chagrin. Le sentiment d’une grande perte. Comme pour la mort d’un être cher.

Les gens pleuraient. Tous étaient désorientés, sous le choc; le monde de l’espace et du temps, des relations vécues, s’était altéré de manière palpable. Qui aurait pu s’attendre à une telle réaction?

Sans qu’on le perçoive, sans qu’on s’en rende compte, il s’était établi un lien de cœur avec d’autres gens en Europe. On avait l’impression de faire partie d’une grande famille, et soudain, voilà qu’elle nous était arrachée. C’était violent. Mais découvrir cette connexion dont on n’avait pas eu pleinement conscience auparavant a aussi été très éclairant, très émouvant.

Bien sûr, chez un grand nombre de jeunes, la déception traduisait la peur de voir les possibilités de voyages, de travail, et les perspectives d’avenir, anéanties ou limitées à l’extrême. Et on peut les comprendre, car la joie de s’ouvrir au monde, à la liberté et à l’expansion, est la condition fondamentale de l’âme.

Bien que nous soyons confrontés à des réalités plus dures et dévastatrices de déconnexion et de démantèlement, être ramenés à cette source de chagrin inattendue a été un petit réconfort. Cela nous a rappelé le rôle profond du lien dans la vie.

J’ai demandé un jour à quelques étudiants ce qui avait le plus de valeur dans la vie, et ils ont répondu: le lien avec les autres. Les sondages sur le bonheur indiquent la même chose, et cela loin devant la richesse matérielle.

Quelles que soient nos différences apparentes, c’est essentiellement le fait de nous sentir reliés qui nous rend heureux. Ça nous suffit, tout simplement. Et quand ça manque, nous nous sentons très seuls.

Le champ du cœur est l’espace le plus extraordinaire qui soit, et il a fallu le choc du Brexit pour percevoir sa réalité à l’œuvre.

Peu importe nos différences apparentes, c’est essentiellement le fait de nous sentir reliés qui nous rend heureux.

 

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