Mindfulness – Heartfulness – Entretien avec Vasco Gaspar

Mindfulness - Heartfulness - Entretien avec Vasco Gaspar

Dans un entretien avec EMMA IVATURI, VASCO GASPAR parle de la méditation, des pensées et de la découverte du monde intérieur.

Q Parlez-nous un peu de vous et du genre de travail que vous faites avec la méditation en pleine conscience, ou Mindfulness.

J’aime à penser que je travaille comme facilitateur de l’épanouissement humain ! J’investis mon énergie dans le but d’inspirer un changement et une transformation à l’échelle mondiale, pour un monde plus humain et plus compatissant. À cette fin, j’ai partagé des informations en ligne, écrit des livres, donné des conférences et animé des programmes en ligne et en face-à-face, principalement au sein d’entreprises, mais aussi pour tout public.

La méditation en pleine conscience n’est qu’une des « technologies sociales basées sur la conscience » que j’ai enseignées ces dernières années, principalement en Europe et en Amérique du Sud, mais elle est puissante pour ouvrir le champ de la conscience. L’un des protocoles les plus demandés est Search Inside Yourself, un programme d’intelligence émotionnelle basé sur la pleine conscience, créé par Google en 2007. Il réunit la méditation en pleine conscience et les neurosciences, dans l’objectif de former des leaders plus sages et plus compatissants.

J’ai également développé en 2013 mon propre protocole de méditation en pleine conscience, un programme de 8 semaines appelé ZBHD qui a déjà été suivi par plus de 3000 personnes dans le monde entier. Des études montrent que même quelques minutes de pratique quotidienne peuvent changer de façon significative le niveau du stress, de la confiance en soi, du bien-être mental et de l’attention.

Je me consacre maintenant à faire fusionner dans un même protocole différentes pratiques, comme la méditation en pleine conscience, Heartfulness et le presencing (théorie U), tout cela au service du plus grand bien : l’épanouissement de l’être humain.

Q Vous enseignez depuis des années la méditation en pleine conscience, dans des entreprises et des organismes. Qu’est-ce qui étonne les gens, la première fois qu’ils commencent une pratique introspective ?

En fait, on observe plusieurs types de réactions. Certaines personnes sont inquiètes, effrayées par l’intensité de leur activité mentale – ruminations sur le passé, scénarios sur l’avenir, etc. D’autres sont étonnées, ou même tristes de constater qu’elles passent quasiment l’essentiel de leur journée sur pilote automatique, en ne faisant que suivre le courant de leurs conditionnements, tant intérieurs qu’extérieurs. Mais la plupart sont ébahies lorsqu’elles entrent en contact avec des aspects sains, sages et compatissants d’elles-mêmes. Elles en retirent souvent un sentiment de paix qu’elles avaient pour ainsi dire oublié. Un jour, après la première pratique de trois minutes, un participant a dit : « J’ai 55 ans, et je ne me suis jamais senti aussi paisible depuis que j’ai commencé à travailler, il y a 25 ans. » Cela me donne de l’espoir.

Q Il n’est donc jamais trop tard pour commencer à méditer ! Quels conseils pouvez-vous donner aux gens qui voudraient adopter une pratique régulière ?

Je pense qu’une des meilleures choses qu’ils puissent faire est de commencer par des petits pas. Plutôt qu’essayer de méditer pendant une heure dès le départ, on peut par exemple le faire cinq ou dix minutes par jour et augmenter peu à peu. Un de mes enseignants disait même qu’une minute, c’est infiniment plus que zéro minute. Alors, commencez modestement. Ensuite, il faut le faire régulièrement, quotidiennement si possible, afin de créer une habitude. La plupart des gens n’ont pas besoin de réfléchir pour se brosser les dents ou prendre une douche. Pourquoi ? Parce que c’est devenu une habitude. Nous pouvons faire de même avec la méditation.

Q Quel souvenir gardez- vous des premières semaines de votre pratique de la méditation en pleine conscience ? Y a-t-il quelque chose que vous feriez autrement, sachant ce que vous savez aujourd’hui ?

La mémoire n’est pas mon point fort, mais ce qui me revient, c’est un sentiment de frustration, l’impression de ne pas procéder correctement, de ne pas réussir à calmer mon mental. Chaque minute était une heure de torture. Je sais maintenant que c’était tout à fait normal, et que le but de la méditation n’est pas d’arrêter le mental. Car le rôle de celui-ci est de penser, tout comme le coeur bat ou l’estomac digère, et plus nous essayons de le calmer, plus il s’agite. Je tenterais donc de prendre les choses de manière « simple et facile », comme nous le recommande souvent Joseph Goldstein, un instructeur de méditation en pleine conscience.

Il est vraiment important de se souvenir d’être présent. De l’être
à chaque instant, à chaque respiration.

Q Comment pouvons-nous rendre notre vie plus «simple et facile», dans ce monde de plus en plus complexe, où nous avons parfois le sentiment de devoir rester connectés simplement pour nous sentir productifs ou à peu près informés. Où se trouve l’équilibre ?

C’est une très bonne question. Je pense qu’il est vraiment important de se souvenir d’être présent. De l’être à chaque instant, à chaque respiration, dans chaque acte que nous effectuons. De revenir à nous-mêmes, à notre bon sens. Et si cela devient de plus en plus difficile, avec toutes ces distractions, il nous faut utiliser notre volonté et le pouvoir de l’intention.

L’intention peut fonctionner comme un ancrage. Si mon intention est d’avoir un corps sain, j’irai au fitness même si je n’en ai pas envie, ou je choisirai de manger des brocolis plutôt que des frites. Il en va de même pour notre esprit. Si j’ai la ferme intention d’avoir un esprit sain et d’être présent, je ferai des choix dans ce sens, en utilisant ma volonté pour méditer quotidiennement, pour faire des pauses pendant la journée, pour observer où se trouve mon mental à chaque moment et le ramener vers mon corps s’il est ailleurs, afin de maintenir mon équilibre.

Q Certaines personnes craignent de se détacher du monde qui les entoure si elles s’investissent trop dans la méditation.

Je comprends cette préoccupation, mais pour moi c’est l’inverse qui se produit. Je crois que plus nous sommes connectés à notre monde intérieur, plus nos rapports avec le monde extérieur sont clairs et authentiques. Même en termes d’empathie, par exemple, plusieurs études scientifiques montrent qu’en étant plus conscients de nos sensations corporelles – ce que certaines pratiques permettent de développer – nous éprouvons davantage d’empathie envers les autres. Pourquoi? Parce que le mental se sert du corps pour comprendre ce que vivent les autres, en imitant physiquement les émotions que nous voyons chez eux. Les gens qui se font « botoxer » le visage, par exemple, ont plus de difficultés à identifier les émotions des autres.

Par ailleurs, cette préoccupation a du sens, parce qu’en entrant en contact avec le Soi on comprend mieux ce que la vie veut vivre à travers nous. On réalise peut-être qu’on a cherché le bonheur là où on ne pouvait pas le trouver: dans le statut, l’argent, les drogues, l’alcool, la consommation, le sexe, etc. Cela peut nous inciter à nous tourner vers notre vie Réelle, en délaissant le superflu et tout ce qui ne nous nourrit pas profondément. Et cela nous permet de participer au monde de façon plus ajustée, plus authentique et plus conforme à ce qui a de la valeur à nos yeux.

Q Comment faire pour affûter notre conscience de l’instant présent ?

Je crois vraiment que certains types de méditation peuvent nous aider à devenir plus conscients du moment présent ; c’est d’ailleurs le principal objectif des pratiques de la méditation en pleine conscience. Plus conscients non seulement de ce qui se passe à l’intérieur de nous – nos sentiments, nos pensées, nos émotions – mais aussi de ce qui se passe autour de nous. Nous pouvons entraîner notre conscience à s’élargir, à se détendre, à être réceptive à ce qui émerge à chaque instant. Cela nous permet d’être plus conscients et donc de prendre de meilleures décisions, d’instant en instant. Ce qui nous amène finalement à de meilleurs résultats dans notre vie.

Q Récemment, j’ai eu le plaisir de participer à votre atelier de huit semaines sur la méditation en pleine conscience, tout comme de nombreux animateurs Heartfulness du monde entier. Pouvez-vous nous parler un peu de cette expérience où vous aviez affaire à des méditants chevronnés ?

Je suis très honoré d’avoir eu cette opportunité. Je dois avouer qu’au début je me sentais un peu intimidé de donner une formation conçue pour des débutants et des gens sans aucune expérience de la méditation à un groupe de formateurs très compétents, dont certains avaient plusieurs décennies d’expérience. Mais je pense que ça s’est très bien passé. Le programme comprenait plusieurs sessions d’échanges, et c’était beau de voir les liens que les gens faisaient entre les pratiques, de les entendre partager leurs ressentis, et ainsi de suite. J’ai beaucoup appris de cette expérience et du contact avec tant de gens merveilleux. Vraiment, j’en suis très reconnaissant.

Heartfulness nous entraîne dans des aspects plus profonds de notre voyage et de notre potentiel en tant qu’humains. Et dans Heartfulness, il y a la transmission yogique, qui élève l’expérience à un tout autre niveau.

Q Quels liens faites-vous entre l’approche en pleine conscience et l’approche Heartfulness ?

Je crois qu’il y en a plusieurs. Ce sont des voies différentes, si on va au cœur des pratiques, mais les deux sont authentiques et valables. Peut-être que la méditation en pleine conscience se centre davantage sur les sensations plus « grossières », comme les sensations corporelles, les pensées et les émotions, alors que Heartfulness nous entraîne dans des aspects plus profonds de notre voyage et de notre potentiel en tant qu’humains. Et dans Heartfulness, il y a la transmission yogique, qui élève l’expérience à un tout autre niveau. Mais c’est quelque chose que l’on doit expérimenter personnellement, et j’invite tous les lecteurs à l’essayer et se rendre compte par eux-mêmes. Par ailleurs, la méditation en pleine conscience peut aider ceux qui pratiquent Heartfulness à être plus conscients de leur voyage dans le cœur, à être plus éveillés à ce qui se passe réellement lorsqu’ils entrent dans des domaines plus profonds de la conscience. Je pense que nous pouvons apprendre de ces deux approches et avoir ainsi une compréhension plus entière de qui nous sommes dans nos voyages.

Q Y a-t-il autre chose que vous aimeriez partager avec nous ?

Seulement un sentiment de gratitude pour ce magazine merveilleux et inspirant que vous nous avez offert ces dernières années. Merci !

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