La religion de l’amour : Swami Vivekananda

La religion de l'amour : Swami Vivekananda

Un poème persan raconte qu’un amant se rend chez sa bien-aimée et frappe à sa porte. Elle demande : « Qui es-tu ? » Il répond : «C’est moi, ton bien-aimé ! » Elle rétorque : « Va-t’en, je ne connais personne qui le soit ! » Mais quand il entend cette réponse pour la quatrième fois, il lui dit : « Je suis toi-même, ô ma bien-aimée, ouvre-moi donc ! » Et la porte s’ouvre.

Empruntant les mots d’une jeune fille, un grand saint décrit ainsi l’amour : « Quatre yeux se rencontrèrent. Deux âmes en furent changées. Et maintenant, je ne sais plus s’il est un homme et moi une femme, ou s’il est une femme et moi un homme. Voilà tout ce dont je me souviens: il y avait deux âmes; l’amour vint et il n’y en eut plus qu’une.»

Dans l’amour suprême, l’union n’est que de l’esprit. Tout autre amour est éphémère. Seul le spirituel dure et grandit.

L’amour voit l’idéal. C’est le troisième angle du triangle. Dieu a été cause, Créateur, Père. L’amour est le point culminant. Une mère peut regretter que son enfant soit bossu, mais quand elle s’en est occupée pendant quelques jours, elle le chérit et le trouve magnifique.

L’amant voit la beauté d’Hélène sur un front égyptien. Nous n’avons généralement pas conscience de ce qui se passe. Les sourcils broussailleux ne sont qu’une suggestion : l’homme voit la belle Hélène. Son idéal se plaque sur la suggestion et la recouvre, tout comme l’huître transforme un grain de sable en perle.

Dieu est cet idéal à travers lequel l’homme est susceptible de tout voir. C’est ainsi que nous en venons à aimer  l’Amour même. Cet amour ne peut s’exprimer. Aucun mot ne peut le formuler. Il nous laisse sans voix.

Les sens deviennent particulièrement aiguisés dans l’amour.

L’amour humain, faut-il le rappeler, est assorti d’attributs. Il dépend aussi de l’attitude de l’autre. Les langues indiennes ont des mots pour décrire cette interdépendance de l’amour et d’autres facteurs.

L’amour le plus bas est égoïste ; il se fonde sur le plaisir d’être aimé. En Inde, on dit : « L’un tend la joue, l’autre donne le baiser.» Un cran au-dessus, il y a l’amour mutuel. Mais celui-ci cesse aussi un jour, « mutuellement ». Le véritable amour consiste à tout donner. Nous n’avons même plus le désir de voir l’autre, ni de tenter quoi que ce soit pour exprimer nos sentiments. Il nous suffit de donner. Il est presque impossible d’aimer un être humain de cette façon, mais aimer Dieu ainsi, oui, c’est possible. […]

Les trois angles du triangle sont les suivants: l’amour ne demande rien ; l’amour ne connaît pas la peur; l’amour est toujours celui de l’idéal.

Croyez d’abord en vous-même, puis en Dieu. Une poignée d’hommes forts fera bouger le monde.
Nous avons besoin d’un cœur pour sentir, d’un cerveau pour concevoir et d’un bras solide pour faire le travail.

Qui pourrait vivre une seconde,
Qui serait capable de respirer un instant,
Si Celui qui aime n’avait rempli cet univers?

La plupart d’entre nous admettent que nous sommes nés pour le service. Mais les résultats appartiennent à Dieu. En cas d’échec, nul besoin de s’en attrister. Le travail n’avait été accompli que pour Dieu.

Chez la femme, la nature maternelle est très développée. Elle adore Dieu tout comme elle adore son enfant. Elle ne demande rien, et fera tout. […]

Approfondissez votre propre pouvoir de pensée et d’amour. Faites fleurir votre propre lotus : les abeilles viendront d’elles-mêmes. Croyez d’abord en vous-même, puis en Dieu. Une poignée d’hommes forts fera bouger le monde. Nous avons besoin d’un cœur pour sentir, d’un cerveau pour concevoir et d’un bras solide pour faire le travail. Bouddha était prêt à donner sa vie pour des animaux. Devenez un agent apte à travailler. Cela dit, c’est Dieu qui travaille, pas vous. Un seul homme contient tout l’univers. Une particule de matière est soutenue par toute l’énergie de l’Univers. Dans un conflit entre le cœur et le cerveau, suivez votre cœur.

Notes d’une conférence donnée à Londres le 16 novembre 1895,
tirées de Complete Works of Swami Vivekananda, vol. 8.
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