Soif de joie, soif de beauté

Soif de joie , soif de beauté

YVES BENHAMOU, médecin et chercheur de sens, nous parle de ces moments de pure joie, de pure beauté qui nous arrivent parfois, inopinément, et du désir niché en chacun de nous de pouvoir les vivre constamment. Mais comment ?

Notre nature nous incite à chercher sans répit le bonheur. C’est comme une faim en nous, un élan irrépressible, une espérance qui nourrit nos jours et nos rêves. Et puis, sans crier gare, il surgit du plus profond de nos cœurs, sans forcément être rattaché à une circonstance particulière, parfois même au beau milieu d’un moment difficile. C’est une bulle de vide, un instant suspendu, une légèreté qui a son poids, une présence. C’est notre faim qui trouve son objet, notre quête sa récompense et sa justification. C’est l’Art qui s’ouvre au cœur de notre vie.

Je veux croire que chacun a pu en faire l’expérience, les hommes mais aussi les bêtes, les plantes, tout ce qui porte vie. Pourquoi pas le chat, soudainement subjugué, ou la feuille légère qui palpite sous la brise à la lumière de l’aurore?

Y a-t-il, pour cette fulgurance de la joie, une traduction physiologique? Comment se manifeste, dans cette jeune feuille tout juste éclose, cet instant privilégié d’adéquation avec la Nature? Si nous pouvions nous immiscer dans le métabolisme végétal de ce moment, découvririons-nous une accélération de la photosynthèse, une activation soudaine du métabolisme des mitochondries, ou tout autre phénomène tangible? Et chez nous, êtres dotés de conscience, y a-t-il dans les circonvolutions de notre cerveau un soudain synchronisme de nos ondes delta, thêta et gamma ? Ou peut-être une nouvelle sorte d’ondes, trop subtiles pour être identifiées ?

Percer le mystère de la joie revient sans doute à percer tous les mystères. Autant ne pas le tenter mais, reconnaissants, nous prosterner devant son évidence lorsqu’elle nous fait la grâce d’advenir.

Pourtant, y aurait-il un moyen de reproduire ces instants, de contenter notre faim de joie, de ne plus limiter ce phénomène aux contingences du hasard, de boire à cette source chaque fois que nous en avons besoin? De changer le rare en fréquent, l’exceptionnel en quotidien? La seule réponse: nous changer.

Car nous changer changera notre regard sur le monde, changera le monde lui-même. «Que l’admiration soit dans ton regard et non dans la chose regardée! » écrit André Gide, dans Les nourritures terrestres. La véritable grâce est d’avoir en nous, en même temps que l’organe qui capte la beauté, la faim du beau. Cette affinité pour la splendeur nous ouvre tout grand les portes de l’infini. A nous de développer cet organe secret, de l’affiner à l’extrême, pour ne plus percevoir que le beau en chaque chose.

Le cœur est le puits où étancher notre soif de beauté, et notre outil est la méditation, le seau avec lequel nous puisons. Pour peu que nous prenions le temps de puiser, le seau ne revient jamais vide.

Et voilà que la vie nous a donné cet organe, c’est notre cœur. Et elle nous a également donné la méthode, la méditation sur la source de lumière, dans le cœur. Celui-ci est le puits où étancher notre soif de beauté, et notre outil est la méditation, le seau avec lequel nous puisons. Pour peu que nous prenions le temps de puiser, le seau ne revient jamais vide: la beauté est là, on y prélève un quantum, un échantillon, mais le grand Tout y est, qui jamais ne tarit. L’infini dans le fini. Telle est bien la définition de la spiritualité selon André Comte-Sponville: «Notre rapport fini à l’infini».

Car l’acte de méditer renferme toujours un instant de pure grâce, et rien n’est plus facile que d’en faire l’heureuse expérience jour après jour. Et cette expérience méditative imprègne peu à peu notre vie tout entière, cet instant de joie se multiplie, s’étire, se déploie, s’approfondit. Et nous voilà en relation avec l’infini…

Ondes delta : de 0,5 à 4 Hz, celles du sommeil profond, sans rêves

Ondes thêta : de 4 à 7 Hz, celles de la relaxation profonde, que nous atteignons notamment dans la méditation

Ondes alpha : de 8 à 13 Hz, celles de la relaxation légère et de l’éveil calme

Ondes bêta : 14 Hz et plus, celles des activités courantes. Étrangement, les ondes cérébrales passent au bêta pendant les courtes périodes de sommeil avec rêves (sommeil paradoxal), comme si les activités du rêve étaient des activités courantes

Ondes gamma : au-delà de 30 ou 35 Hz, celles qui témoignent d’une grande activité céré- brale, comme pendant les processus créatifs ou la résolution de problèmes. Ces ondes sont beaucoup plus nombreuses chez les méditants expérimentés

 

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