Trois questions sur le bonheur : Q&R

Trois questions sur le bonheur : Q&R

1| Qu’est-ce qui vous apporte du bonheur dans la vie ?

2| Qu’est-ce qui vous prive du bonheur ?

3| Ressentez-vous de la joie à donner ou à recevoir ?

 

PUBALI SIDDHARTH
Musicienne, illustratrice et enseignante
Hyderabad, Inde

 

Reconnaître notre connexion intérieure avec tout ce qui est vivant m’émerveille. Puiser dans cet espace d’unité, en moi et autour de moi, est une source de joie. Cela peut être aussi simple que d’observer la nature depuis mon balcon : les fleurs d’un bougainvillier parmi les épines, un pachira qui grimpe le long d’un mur, un arbre qui étale profondément ses racines avant d’élancer ses branches vers le ciel, les nuages qui flottent insoucieux du monde au-dessous d’eux, le chant des oiseaux ou un ciel teinté de pourpre. Il émane de tout cela un sentiment de joie et de contentement qui vient de ce qu’ils sont en harmonie avec leur être véritable.

Lorsque je reste connectée avec la personne que je suis vraiment, j’éprouve une profonde joie intérieure. Elle peut surgir d’une conversation chaleureuse avec quelqu’un, d’une méditation qui me ressource, d’un moment de grâce avec mes élèves en classe, d’une lecture qui parle à mon cœur, ou encore quand j’exprime mes inspirations profondes par des mots, des images, l’art ou la musique.

Mais lorsque je commence à ruminer certaines pensées, ma connexion intérieure en est immédiatement affectée et je me dissocie de l’unité. L’ego se manifeste alors sous tous ses aspects : colère, peur, confusion, manque de confiance, sentiment de fermeture, d’inutilité, victimisation… la liste est longue. Pour retrouver la joie dans de tels moments, je me recentre sur mon cœur et je m’efforce de pratiquer l’acceptation et la gratitude. C’est souvent difficile, mais je progresse sur ce chemin. Faire le ménage dans mon espace mental m’y aide presque toujours. Et quelquefois un bon livre, une chanson mélodieuse ou une conversation inspirante suffisent à remettre les choses en perspective.

Est-ce que j’éprouve de la joie à donner ou à recevoir? D’une certaine façon, dans les deux cas, et parfois ni dans l’un ni dans l’autre. C’est une question de perspective. Ma joie la plus grande à recevoir c’est durant la méditation. Le flux illimité de la transmission m’apporte l’amour, la joie, c’est un sentiment incomparable. Et la véritable joie que je ressens en donnant, c’est aussi durant la méditation : le fait d’abandonner son cœur est une fabuleuse expérience d’oubli de soi.

Une fleur ne sait pas qu’elle exhale son parfum, et il n’est pas nécessaire qu’elle le sache. Donc je veille à rester ouverte pour permettre à tout ce que je reçois de circuler à travers mon cœur. C’est ce qui me donne la joie la plus profonde.

SUZANNE RICHARDS
Enseignante retraitée
Dunedin, Nouvelle-Zélande

 

Souvent la joie vient des toutes petites choses de la vie : des moments heureux passés en famille ou entre amis, le rire d’un jeune enfant, un acte de gentillesse dont j’ai été témoin, de jeunes chiots qui jouent et culbutent les uns sur les autres. C’est aussi la perfection de la nature sous ses innombrables facettes: un paysage recouvert d’une neige fraîchement tombée, avec le silence qui l’accompagne, une fleur odorante s’ouvrant au soleil, le bourdonnement somnolent des abeilles dans un jardin en été, ou le clapotis d’un ruisseau de montagne. Je trouve que la joie est plus forte quand mon cœur est ouvert, rempli de gratitude et d’amour. Alors, mon
cœur chante pleinement.

Les actes ou sentiments qui nous referment sur nous-mêmes bannissent instantanément la joie. La négativité, les mots hostiles, la méchanceté, la convoitise, les préjugés, la mesquinerie, la peur, le mécontentement, le ressentiment ou l’esprit de revanche en sont quelques
exemples.

Certains sentiments nous ouvrent et d’autres nous ferment. Ceux-ci nous coupent de la part de nous-même qui nous permettrait de trouver plus de joie dans la vie, et ils nous coupent aussi des autres. Au pire, nous nous sentons seuls et isolés.

La joie se trouve à la fois dans le fait de donner et de recevoir, surtout si le sentiment derrière le don est sincère. Mais j’ai remarqué qu’il y a peut-être plus de joie à donner. Je pense que c’est parce que cela nous détourne de notre focalisation sur ce qui est « moi » et « mien », et nous ouvre aux autres.

Je me souviens particulièrement d’une tradition familiale dans mon enfance. Avant Noël, mes frères et sœurs et moi nous rendions avec notre argent de poche dans un grand magasin, pour acheter des cadeaux à nos parents et grands-parents. Cela nous prenait un temps infini, car nous nous donnions beaucoup de peine pour trouver le bon cadeau, et bien sûr nous étions limités par notre budget. Ensuite, nous avions la joie de les emballer en cachette, dans les gloussements et les rires, pour en faire la surprise le jour de Noël.

Tout comme la joie, la générosité jaillit d’un cœur ouvert. Et dans ces occasions, tous nos cœurs chantaient de joie.

ANAND THIYAGARAJAN
Analyste commercial
Hyderabad, Inde

 

Lorsque je me sens perturbé, la seule chose qui m’apaise est de sortir contempler les arbres et les oiseaux, assis sous un arbre. Mon état s’en trouve automatiquement modifié, j’éprouve alors une sensation de tranquille bonheur.

Pour la joie, c’est différent. C’est un état qui émane de l’intérieur et pour y accéder, je dois être connecté à mon moi profond. Alors je ressens la joie quoi qu’il se passe dans le monde qui m’entoure.

Nous avons une assistante qui nous accueille toujours avec le sourire. Ce sourire n’est pas de façade, il rayonne de l’intérieur de son être. Son mari n’est plus de ce monde, sa vie n’est pas facile, et malgré cela, elle a toujours ce grand sourire. Lorsque je vois tant de contentement chez quelqu’un, mon cœur se met à l’unisson.

Lorsque nous ne sommes pas connectés à nous-mêmes, que nous avons des attentes, il n’y a pas de place pour la joie. La joie est indulgente, désintéressée, inconditionnelle.

Est-ce en donnant ou en recevant que je ressens de la joie ? Dans les deux cas. Mais dès que j’ai le sentiment de donner, le don perd son sens, perd toute son importance. Quand je reçois quelque chose, je suis plein de gratitude pour ce que cela me fait vivre. Et lorsque je donne à quelqu’un ce que j’aime le plus, et découvre le bonheur sur son visage, je suis aussi heureux que lui.

TERESA VALENTINE
Universitaire, rédactrice-correctrice littéraire
Atlanta, États-Unis

 

Ce qui m’apporte de la joie ? L’esprit de communauté, la coopération, l’union. Lorsque les gens se rassemblent pour partager ce qu’ils aiment ou ce en quoi ils croient. Quand les mains et les esprits créent, les yeux s’illuminent, les cœurs s’ouvrent. Lorsque tout s’imprègne de quelque chose qui doit être l’Amour. Et l’engagement est important – que ce soit travailler, apprendre, aider ou simplement avoir du plaisir – car la joie n’a rien de passif. Elle émane des cœurs à l’unisson, circule en chacun pour revenir imprégner le collectif, apportant ainsi le meilleur de ce que chaque personne est prête à offrir. Il s’agit donc de travailler ensemble et de partager ce qui vient du cœur. Seule, je ressens paix et sérénité, mais la joie me vient de la communauté.

Ce qui me prive de la joie ? L’isolement, le jugement, les comparaisons que je fais. Je regrette d’avoir raté ceci, je souhaiterais pouvoir faire cela, ou encore j’espère que quelque chose se produira. Tout ce qui m’oppose à la vie, au destin, au monde. Tout ce qui crée un sentiment de séparation, et qui s’accompagne d’inquiétude et d’autres formes de peur. Quand je suis dans cet état, j’ai tendance à réagir aux événements de la vie comme s’ils étaient quelque chose qui m’arrive à moi, et non quelque chose dont je fais partie. Peu à peu, je réalise que c’est uniquement en moi que se trouve ce dont j’ai besoin pour sortir de cet état. Cela peut demander que je m’isole un certain temps, exiger un peu de réflexion ou de nettoyage de la négativité, mais je dois me reconnecter avec cet endroit unifiant dans mon propre cœur pour qu’alors tout sentiment de séparation s’évanouisse.

Je ressens facilement de la joie à donner, et j’essaye d’apprendre celle de recevoir. J’ai pris récemment conscience de ce mystère. Plusieurs personnes m’ont aidée pour un projet important. Elles ont donné si généreusement de leurs compétences et de leur temps, que je me suis dit que je ne pourrais jamais suffisamment les remercier. Tout en leur étant reconnaissante, je me sentais mal à l’aise, et je me suis demandé pourquoi. Car je sais bien, comme le dit le bouddhisme, que « personne ne donne ni ne reçoit ». Alors qu’est-ce qui résistait en moi? Après réflexion, j’ai réalisé qu’il s’agissait de mon ego, qui avait considéré le donneur et le receveur comme deux éléments distincts, devant idéalement être à égalité. Mais lorsque j’ai regardé au fond de mon cœur, j’ai vu que, dans l’amour, nous étions unis et en parfait équilibre.

 

JUDITH POLSTON
Psychothérapeute corporelle, réflexologue et praticienne de la thérapie par la polarité Langley, Colombie britannique,
Canada

En vieillissant, je découvre que chaque fois que je vois un bébé ou que je regarde des animaux – des chiens, des vaches, des chevaux…– cela me remplit instantanément de joie et mon cœur s’allège. Me trouver en compagnie de mon incroyable et adorable fille, et l’écouter me raconter sa vie, me donne un grand bonheur. J’éprouve aussi de la joie à manger une nourriture saine végétalienne. Et au niveau spirituel, quand je vois une personne grandir et changer, je suis heureuse pour elle et pour ses succès.

En fait, je viens seulement de découvrir ce qu’est la joie – c’est un sentiment tout nouveau pour moi. J’ai ressenti la paix et vécu des états spirituels profonds, mais la joie m’avait échappé. Elle ne me manquait pas, je ne savais simplement pas ce que c’était de l’éprouver. Rien ne peut enlever la joie. Il s’agit de la laisser se manifester en devenant plus simple et en harmonie avec sa propre nature.

Lorsque j’apporte mon soutien, qu’il soit petit ou grand, à quelqu’un, cela me procure parfois une joie inattendue. Ce qui dans un certain sens me paraît absurde puisqu’il est si naturel de donner aux autres!

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